Compte à rebours.

Ceci sera mon dernier article. D’ici une semaine, je reviendrai et mettrai d’abord mon blog en privé et je finirai par le supprimer.

La dernière fois que j’ai écrit, je racontais que je n’étais pas enceinte. En fait, je ne l’étais plus.

J’avais rendez-vous avec ma gynéco le vendredi et j’ai tout raconté. En commençant par le test de grossesse positif puis le négatif, quelques heures plus tard.

Gynéco: Les tests urinaires peuvent se tromper et faire des faux positifs. Les test sanguins sont sûrs à 100%
Moi: C’était deux tests sanguins. Je n’ai fait aucun test urinaire pour la grossesse. 
Gynéco: Vraiment ? C’est bizarre. Les test sanguins ne se trompent jamais. A combien est-ce que vous étiez ? 
Moi: 37. J’ai demandé un troisième test à mon médecin pour être sûre parce que je me posais trop de questions. 
Gynéco: Tant mieux parce que je vous aurais envoyé en faire un aussi. L’échographie ne montre rien, de mon côté, pourtant. Mais c’est bizarre. 

J’ai fini par lui parler des symptômes de grossesse que je pensais avoir eu, au début. Lorsque Cécile et Laurence me disaient que tout était dans ma tête et elle en a conclu que j’avais, selon elle, bel et bien été enceinte mais que j’avais fait une fausse couche.

Je n’étais pas folle. Ce n’était pas dans ma tête. J’étais tombée enceinte du Sexy Boy.

Mais j’avais perdu mon bébé.

fausse-couche

Après avoir vérifié avec le laboratoire que le 3è et dernier test était négatif, je suis sortie du cabinet et suis rentrée chez moi. Je retournais tout ça dans ma tête et j’étais comme vide. Je ne ressentais rien. J’avais envie de pleurer mais ça ne venait pas.

J’ai compris plus tard que c’était la phase du choc.

C’est le truc des 7 phases du deuil.

 

2è phase: Le déni.

Le dernier test s’était peut-être trompé. Peut-être que j’étais encore enceinte et que le bébé se cachait. C’était sûrement ça. Je pouvais pas l’avoir perdu. C’était impossible. Ca pouvait pas m’arriver. Pas à moi. C’était la phase où on se dit qu’on finira cinglée.

3è phase: La colère/Le marchandage.

Là, je me suis mise à maudire tout le monde. Laurence et Cécile qui ne m’avaient pas crue lorsque je parlais de mes symptômes. Julien, qui n’avait fait que me parler d’avortement. Muriel, qui avait avorté. Le Sexy Boy, parce que c’était entièrement sa faute. Et moi, pour avoir souhaité, rien qu’une seconde que ce bébé ne vienne pas. J’étais d’une humeur massacrante, j’avais envie de frapper dans quelque chose, de balancer des objets, de hurler mais je me contenais, je gardais tout pour moi. A côté de ça, je priais les Dieux pour qu’Ils me rendent mon bébé. Je promettais d’être sage, d’être une bonne personne. Que je ne demanderai plus rien s’Ils acceptaient au moins ça. C’était la phase où j’avais l’impression d’être la pire personne du monde.

4è phase: La tristesse.

Je m’étais réveillée dans la nuit et je ne sais pas comment, j’ai enfin réussi à pleurer. J’ai pleuré, pleuré et pleuré encore jusqu’à me rendormir, épuisée. Et je n’ai fait que pleurer durant les jours qui ont suivi. Je pensais que ça ne s’arrêterai jamais. Je pleurais à chaque fois que je voyais un bébé, une femme enceinte, qu’on me parlait de grossesse, que j’étais seule à ruminer. Je pleurais tout le temps. Je devais être pathétique. Et pendant cette phase, alors que je n’étais pas du tout tactile, j’aurais pourtant souhaité que quelqu’un soit là pour me serrer très fort dans ses bras pour me dire que ça irait mieux. Et la personne que j’avais le plus envie de voir, c’était le Sexy Boy. Parce que c’était aussi son bébé et que je cherchais un lien, n’importe quel lien, auquel me raccrocher. Je ne lui en voulais pas plus que ça. Autant qu’au fond, je n’en voulais pas à Cécile et Laurence d’avoir tenté de me rassurer lorsque je disais que j’avais des symptômes de grossesse alors que je n’avais aucune envie d’être enceinte. Ca a été la phase la plus longue.

5è phase: La résignation.

C’est Dieu qui décide, Il sait ce qu’Il fait. Je ne suis pas enceinte. Mon ventre ne grossira jamais. Je n’aurai pas de bébé dans le courant de l’année 2016. Je l’avais perdu et il ne reviendrait pas.

6è phase: L’acceptation.

Ca resterait gravé. A jamais. Ca faisait partie de mon histoire. J’y penserai toujours mais je surmonterai. J’irai mieux. Parce que c’est ça qu’on doit faire.

7è et dernière phase: La reconstruction.

Je me suis lancée dans un programme de sport assez difficile. Je voulais mener un projet à terme. Contrairement à ma grossesse. Et je travaille, maintenant. La vie suit son cours. Sans bébé. Avec un ventre qui restera comme il l’a toujours été.

Je n’ai jamais vraiment cessé de pleurer. Ca prendre le temps qu’il faut pour que j’arrête d’avoir les larmes aux yeux en y songeant.

Ca me fait sourire lorsque je repense à l’article que j’avais écrit qui s’appelle « Kit de survie pour un coeur brisé », je crois. Je pensais que le pire qui pouvait m’arriver avec le Sexy Boy, c’était de tomber amoureuse de lui. J’étais naïve. Mon kit de survie ne marchera pas sur moi, cette fois.

Je ne sais pas à quoi ressemble mon coeur mais il doit être un peu plus que brisé, si toutefois c’est possible. S’il en reste encore quelque chose.

J’ignore, encore aujourd’hui, quelle a été la phase la plus difficile entre le déni, la colère et la tristesse. Les trois étaient terribles. Mais pas autant que d’essayer de me pardonner à moi-même de ne pas avoir réussi à garder le bébé, d’avoir voulu, l’espace d’un instant, qu’il ne fasse pas partie de ma vie. Je dois encore travailler là-dessus, d’ailleurs. « Parfois pour nous punir, les Dieux exaucent nos prières » – Oscar Wilde.

Le Sexy Boy est venu aux nouvelles, il y a un peu moins de deux semaines. Il voulait savoir si j’allais mieux. Je lui ai dit que le dernier test s’était révélé négatif, qu’il avait raison, que je m’étais inquiétée pour rien, que c’était la pilule qui avait tout déréglé et rien de plus.

On ne se reverra plus. J’ai fini par lui dire, ce jour-là même, que je ne quittais plus La Réunion. Il m’a posé des tas de questions, après. J’ai répondu par politesse mais je me sentais gênée, je n’avais aucune envie de lui parler. Et maintenant que l’envie de le serrer dans mes bras était passée, je voulais qu’il redevienne un inconnu, quelqu’un que je n’avais jamais rencontré, à qui je n’avais rien à dire. Silence radio, depuis. Tant mieux. J’ai supprimé son numéro et tous ses messages et j’espère qu’il aura la bonne idée d’en faire autant.

J’aurais tellement voulu que ça se termine bien entre nous.

Je n’ai raconté qu’à Laurence (et vaguement) l’histoire de la fausse couche. Elle m’a demandé si je comptais le dire au Sexy Boy. Et lorsque j’ai répondu négativement, elle a voulu savoir pourquoi.

A quoi ça servirait que je lui dise ? Il pensait que c’était impossible. Il s’était trompé. Il n’avait pas envie d’avoir cet enfant. Peut-être qu’il aurait préféré que j’avorte. Comme Julien, comme Rominou, comme le rouquin, à qui j’ai posé la question de s’ils étaient dans cette situation, qu’est-ce qu’ils feraient.

J’ai l’impression que quelque chose s’est vraiment brisé en moi. Je continue de rire, de chanter, de danser mais ce n’est plus réellement moi. C’est quelqu’un d’autre. Une personne qui porte en elle une grande cicatrice.

Ca fait un an que ce blog existe. Et il prendra fin. Parce que je suis rentrée dans une période où je n’ai plus grandement envie de raconter quoi que ce soit, parce que je me demande seulement si j’ai réellement envie de m’en souvenir.

C’était un réel traumatisme. Et personne, jamais, ne mérite de vivre un truc pareil.

Merci à ceux qui ont lu mon blog, qui sont seulement passé dessus. Ca fait du bien de revenir sur certains trucs. D’autres sont trop douloureux.

Désolation

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J’ai éclaté en sanglots, hier, en regardant les images de la prise d’otage. J’avais l’impression que le monde tel que je l’avais toujours connu, le monde dans lequel j’étais née venait de disparaître. Dans ma tête, c’était un peu comme si la Terre s’était arrêtée de tourner. J’étais assise dans mon canapé, devant la télé, mon smartphone dans les mains à suivre les actualités sur les réseaux sociaux et j’étais en train de me demander s’il y avait réellement des gens à l’extérieur qui faisaient des choses normales comme travailler, faire leurs courses, rire et s’amuser. Ca me semblait presque impossible alors que moi, devant mes deux écrans, je retenais mon souffle en me disant que tout ceci serait peut-être dans les livres d’Histoire dans quelques années. Etions-nous réellement en train d’entrer en guerre ? A quoi l’avenir allait-il bien pouvoir ressembler ? Quelle serait ma place, dans ce triste contexte ?

Avec ça, pour la première fois, Laurence était la dernière personne avec qui j’avais envie de parler et pourtant, elle ne m’a pas lâché de la journée. Les propos qu’elle a tenu m’ont pour le moins écoeurée. Au début, elle a commencé à me dire que pour elle, la liberté d’expression avait des limites. J’ai vivement répliqué : NON ! Elle n’en a pas. Ou que très peu. Le droit à l’image et à la vie privée. C’EST TOUT !! Et ensuite, elle a continué à me dire que si, Charlie Hebdo avait dépassé les limites et que les journalistes l’avaient bien cherché, de toute façon, sans pour autant qu’elle soutienne les extrémistes. Pour tous ceux qui savent à quel point je suis proche de Laurence, j’ai eu le sentiment qu’à ce moment-là, un énorme fossé nous séparait et qu’on ne se comprenait plus l’une l’autre, alors qu’on avait l’habitude de penser toujours pareil. Qu’est-ce qui avait bien pu se passer ?

J’étais tellement dépassée par ce qu’elle disait, par la cruauté de ses réflexions, de lire que ça ne lui faisait ni chaud ni froid qu’ils soient morts que j’ai cessé de lui répondre au bout d’un moment, renonçant à lui faire entendre mon point de vue. Alors je suis allée voir ma mère et on a regardé les infos. Je n’ai dit à personne à quel point j’étais touchée mais étant donné que je suis en larmes à écrire cet article, je me rends donc bien compte que ça m’affecte plus qu’à d’autres. Est-ce que je suis hypersensible où est-ce que c’est normal de ne pas vouloir vivre des choses pareilles ? Qu’est-ce qui rend les gens aussi haineux ? Est-ce que c’est la perte d’espoir en tout qui fait qu’on en veuille, un jour, à la terre entière ?

Hier soir, on est sortis faire un bowling avec ma sœur, Loïc et ma cousine Fanny. On m’a demandé pourquoi je n’avais pas proposé à Laurence de venir. Je n’ai rien dit. J’ai le cœur brisé par tout ce qui passe. C’est injuste pour toutes ces familles en deuil, c’est injuste pour ce peuple musulman pointé du doigt, c’est injuste pour ce pays entier qui tremble pour les jours à venir. Et je ne supporte plus d’entendre la moindre dispute. Je n’y arrive plus. Le moindre cri me donne envie de supplier d’arrêter et j’en ai assez de voir les gens se faire la guerre pour rien. J’ai envie de dire : « Bordel, si ça te plaît pas, trace ton chemin mais ne fais pas des choses comme ça. ».

Moi qui ai toujours eu horreur de la violence, j’en ai vu trop, en trop peu de temps et je ne supporte vraiment plus. Sur la route, dans les rampes, on a droit à une superbe vue : l’Ile, délimitée par la mer. Et la nuit, avec toutes les lumières, c’est encore plus beau. Je me suis demandé combien de temps ça resterait comme ça… Et soudain, l’idée que je ne vivrai peut-être pas dans ce monde-là encore très longtemps m’a frappée. Et m’a terrorisée !

« Lorsque le pouvoir de l’amour surmontera l’amour du pouvoir, le monde connaîtra la paix. »

C’était STANement romantique !

Tout d’abord, je tiens à dire que si vous êtes venus chercher une histoire d’amour qui finit bien, vous vous êtes trompés de blog. Les histoires d’amour, c’est pas fait pour Bibi Moulin. J’ai fini par m’y faire, avec Alexandre. D’ailleurs, pour bien comprendre l’histoire, je vais devoir parler de lui un tout petit peu.

Mais vous devez surtout savoir que c’est probablement l’article le plus long que je n’ai jamais écrit. Mais si jamais vous lisez jusqu’à la fin, je serai tout d’abord très touchée (et surprise, aussi, très surprise) mais j’aimerai beaucoup que vous répondiez à la question par message ou commentaire : « Est-ce que vous auriez écouté votre raison et auriez pris l’avion ou écouté votre cœur et pris le train ? »

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Quand je suis arrivée à Orléans, je vivais avec mon père, au tout début. Il avait quitté le domicile familial depuis trois ans et s’était installé là avec sa nouvelle copine. J’étais seule au monde. Et c’est à cette époque-là que j’ai réalisé que j’étais tombée amoureuse d’Alexandre. Et que je me suis dit que comme je l’avais toujours aimé sans pour autant être attirée par lui, maintenant que c’était fait, je ne pourrais plus jamais ne plus l’aimer. Vous suivez ? Bref. J’ai commencé à travailler au Mc Do en août. Le 6 août pour être plus précise. Et là-bas, on se fait des amis très, très vite. Aussi, je vais citer quatre personnes plus ou moins importantes dans l’histoire : Ronel, africaine hyper drôle, hyper gentille. Johanna, avec qui j’ai vécu pendant deux mois et à qui je dois beaucoup. Jeremy, qui a été la première personne avec qui je me suis entendue et Jana (se prononce « iana »), la slovaque, personne la plus gentille que j’ai pu rencontrer de toute ma vie entière.

Vous savez, je pensais que le jour où je rencontrerai l’homme de ma vie, le temps s’arrêterait pendant un tout petit instant, que j’aurais une espèce de flash rapide qui me montrerait que c’était bien avec lui que j’allais passer le restant de mes jours et que j’allais même avoir, accessoirement, le prénom de nos enfants.

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La première fois que j’ai vu Stan, j’allais entrer en service. J’étais dans la salle équipier, changée, prête à pointer, quand Ronel est entrée dans la pièce et dit :

_Hé, il y a un nouveau. Il est tchèque et il est trop beau !

Curieux, on a attendu ceux qui n’étaient pas changés et on est vite allés en cuisine, attendre l’heure pour pointer. Il était là, il parlait avec Jana. La seule qui le comprenait. La seule qu’il comprenait.

Ronel : Alors ? Il est pas trop beau ?
Moi (haussant les épaules) : Bah, gros cliché des pays de l’Est. Grand, blond, yeux bleus. Il est mignon. Mais c’est pas mon genre.

Ronel, de son côté, était fan amoureuse de lui. Elle l’appelait toujours « mon mari » devant les autres et on était toujours morts de rire. Comme mes jours de repos (samedi et dimanche) étaient les mêmes que ceux de Jana et Stan, on se voyait tous les jours et on travaillait toujours ensemble. Pendant les deux premières semaines, tout ce que Stan disait c’était :

_Saloute et bonne appétite. (« Salut et bon appétit », pour ceux qui n’auraient pas compris ;) )

Et personne ne peut résister à un accent comme ça. Parce que vous avez envie de lui prendre les joues et dire : « Tu es troooop mignon ! ». Ensuite, Stan est devenu pote avec Jeremy et Geoffrey. Oh mon dieu, j’ai oublié de parler de Geoffrey (Il n’est pas si important, vous pouvez sauter le passage en gris si vous ne voulez pas entendre parler de lui).

Non, mais il faut que j’en parle, de cet abruti. Quand je suis arrivée, le premier jour, il m’a fait pleurer. Il m’a traitée d’incapable et m’a dit que je ne servais à rien puisque je ne savais pas faire ce qu’il demandait qui était pourtant très simple. Maintenant, pour ma défense, je n’avais absolument aucune expérience. On m’avait mise au poste 1, celui où on fait les sandwichs les plus demandés (je sais même plus comment ils s’appellent, tellement je vais dans les fast-foods, à la base) avec Jeremy, qui passait son temps à traîner à droite et à gauche et mon formateur, dont j’ai oublié le nom et qui avait un handicap mental (ce n’est pas une blague). Bref, finalement, au troisième jour, je me suis retrouvée seule avec lui au déjeuner dans la salle équipier et on a appris à se connaître. Je m’entendais hyper bien avec Geoffrey, au début. On passait notre temps à chanter, il me draguait ouvertement mais je ne répondais pas à ses avances mais ça ne le dérangeait pas, il continuait quand même. Pour la fin de l’histoire, j’ai fini par apprendre, une semaine avant mon retour à la Réunion que cet enfoiré avait fait un pari sur ma tête comme quoi il « arriverait à me serrer en un mois ». Loupé ! Quand je suis rentrée, on a fait un Skype et là, il m’a fait une grande déclaration comme quoi il m’aimait et qu’il était prêt à quitter sa copine et me rejoindre si j’étais d’accord. Je lui ai dit que c’était hors de question. Il m’a renvoyé des messages privés sur Facebook pour me dire encore à quel point il m’aimait et finalement, sa copine l’a quitté. Trois mois après, il s’était excusé, il lui avait demandé de l’épouser et elle a accepté. Ca fait un an depuis le mois dernier qu’ils se sont rencontrés. Ils ont 22 ans. Ca va vite, oulala. Bref, revenons à Stan.

Stan est donc devenu pote avec Geoffrey et Jeremy. Et je suppose que c’est parce que je m’entendais bien avec les seules personnes avec qui il parlait (à savoir Jana, Jem et Geoffrey) que Stan a commencé à m’accorder sa confiance, aussi. On essayait de parler, en anglais ou alors quand Jana était là, elle faisait l’interprète. Jana était en France depuis un an, à l’époque parce que son mari était un joueur professionnel de hockey et qu’il avait été pris dans l’équipe d’Orléans donc elle l’avait suivi. Stan, pour la même raison. Mais dans une catégorie moins importante. Et comme le Mc Do était l’un de leur partenaire officiel, ils étaient obligés de les embaucher. Un jour, je sais plus où on allait mais j’étais en voiture avec Geoffrey.

Geoffrey : Tu craques pour Stan ?
Moi (sincère) : Euh… non. Pourquoi ?
Geoffrey : J’ai cru. De toute façon, t’as aucune chance. Il n’aime que les blondes très minces.
Moi (pensant) : Personne ne t’a demandé ton avis, espèce de sang de bourbe !

Vous avez reconnu Harry Potter ? Non ? Tant pis. Je m’en fichais de ne pas être le style de Stan. Surtout que je savais que ce n’était pas vrai parce que quelques jours plus tôt, je travaillais avec je-ne-sais-plus-qui et en face de moi, sur un autre grill, il y avait Stan et Jeremy et Jeremy n’arrêtait pas de me regarder et de répéter un truc en tchèque (que je n’ai jamais retenu, j’avoue). Et il souriait donc je pensais qu’il se fichait de moi, qu’il m’insultait. Alors je n’ai pas arrêté de l’appeler pour qu’il me dise ce que ça voulait dire. Et j’ai même fini par répéter le mot. Au cas où c’était une insulte, j’allais la leur retourner. A ce moment-là, Stan a passé sa tête, m’a regardé et a souri avant de répéter son truc tchèque. J’étais vraiment mal à l’aise. Mais le lendemain, à une soirée, Jeremy a fini par me dire que ça voulait dire « une fille magnifique ». J’étais toute contente. Parce que pour tout le monde, dans l’équipe, j’étais la « jolie métisse ». Mais savoir que c’était quelque chose que le bel étranger au corps de dieu grec pensait aussi, ça faisait plaisir. Pourtant, ça ne m’avait pas fait plus d’effet que ça. Ce qui m’en a fait, en revanche, c’est la première fois que j’ai touché Stan. De son vrai prénom Stanilav. Ca ne se prononce pas « Stanislave », ni « Stanislaf », ni « Stanislas ». Ca se prononce « Stanislao » (en avalant légèrement le « o »).

On travaillait à côté tous les deux, mais chacun faisait des sandwichs différents. On partageait juste la même salière. On en avait besoin en même temps, mais il avait été plus rapide, donc il l’a utilisée et me l’a tendue ensuite. Sa main a frôlé la mienne et je me revois parfaitement écarquiller légèrement les yeux de surprise parce que même s’il travaillait au-dessus du gril, sa main était glacée. Ca m’a vraiment surprise et il s’est réellement passé quelque chose dans ma poitrine à ce moment précis. Quand je l’ai raconté à Ronel, je lui ai dit que je pensais que Stan était un vampire. Je plaisantais, hein ! Elle a bien ri. Après ça, j’étais toujours contente de voir Stan et j’essayais toujours de lui parler. Du hockey, en général parce que j’allais voir leur match. Et que j’ADORAIS ça. C’est l’un de trucs qui me manque le plus de la Métropole. Je me suis vite rendue compte qu’à chaque fois que Stan me touchait, je ressentais la même chose que la première fois : mon cœur qui semblait s’arrêter de battre pendant un quart de seconde avant de reprendre sa course dans un rythme beaucoup plus rapide comme pour rattraper le temps qu’il avait perdu. Je ne savais toujours pas que je commençais à avoir des sentiments pour lui. Pourtant, j’aurais dû le deviner. Ca a été la période la plus longue pendant laquelle je n’ai pas parlé à Alexandre. Et je riais toujours plus avec lui, j’avais toujours envie de le voir et quand il était absent, je me disais que la journée n’avait aucun intérêt.

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Il y a une fois où je travaillais et j’ai senti une main se poser sur ma taille. Je ne l’avais pas encore vu mais je savais que c’était lui. Parce que comment mon cœur avait réagi, ça ne pouvait être que lui. Je me suis tournée vers lui et il était là avec son grande sourire : « Mode 2 » (ça veut juste dire qu’on passe d’une seule à deux personne sur le plan de travail). Mais il y aussi la fois où il était l’heure pour lui de partir et je lui ai demandé de rester encore deux minutes pour faire une nouvelle tournée de sandwichs sinon j’allais perdre la tête toute seule. Il a regardé l’heure sur la pointeuse et m’a regardé une nouvelle fois. Je me suis mordue les lèvres dans un sourire, fronçant les sourcils et penchant la tête sur le côté, comme pour le supplier. Il a fini par secouer la tête en souriant et se mettre à lancer les pains. Il ne faisait pas ça avec tout le monde. Il détestait tellement ce job que même pour l’argent, il ne serait pas resté une minute de plus après son service. Il l’a fait pour moi. Et il y a aussi eu la fois où je faisais plus rien, je m’ennuyais, alors je suis allée les voir, lui et Jeremy, en plein travail. Stan m’a vue et dit: « Mode 3 ? » j’ai secoué la tête pour dire « Non » et alors là, il a fait une moue boudeuse pour montrer qu’il était déçu. J’ai trouvé ça trop adorable. Et là, « trop » convient parfaitement parce que on devrait le condamner pour être aussi chou et gentil et sexy et… argh ! parfait, voilà !

En novembre, ça n’allait pas du tout. Johanna ne pouvait plus m’héberger, mon père m’avait mise à la porte (oui, c’est un… gentil petit chat. Pour ne pas dire autre chose. Plus aucun de mes frère et sœurs ne lui parle encore) alors j’ai appelé ma mère :

Moi : Maman, est-ce que je peux rentrer à la maison, s’il te plaît ?
Mamounette : Mais bien sûr. C’est ta maison, tu reviens quand tu veux.

Elle n’a pas posé une seule question et je ne lui ai rien vraiment dit jusqu’à ce que je sois rentrée.

Quelques jours après que je sache que j’allais retourner à la Réunion (même si personne n’était encore au courant), Stan a essayé de me demander quelque chose. Je n’ai pas compris. Pas exactement. Si je devais vraiment avouer ce que j’ai cru entendre c’est qu’il me proposait d’aller en ville. Il y avait le marché de Noël. Avec la grande roue et les lumières absolument partout. Enfin, la magie, quoi. Mais j’ai préféré dire que je ne comprenais pas plutôt que de passer pour la pire des gourdes si jamais il n’avait absolument pas dit ça. Croyez-moi, je regrette ! Haha.

Mais je vais maintenant raconter comment j’en suis venue à comprendre que j’avais un gros coup de cœur pour lui. J’étais venue voir ma patronne pour lui remettre une lettre de procuration. Elle déjeunait dans la salle avec le directeur adjoint et Stéphane, mon manager préféré. On a discuté une petite minute puis j’ai vu Stan à l’extérieur. On était mardi. J’ignorais si j’allais le revoir avant mon départ, le lundi d’après. Il allait partir alors j’avais envie de courir lui parler mais mes anciens boss avaient un millier de choses à me dire. J’étais hyper nerveuse, j’avais le cœur qui battait à cent à l’heure, et eux, continuaient de me dire qu’ils espéraient que je donnerai de mes nouvelles, que j’avais de la chance de repartir au soleil et probablement pleins d’autres choses aussi, je n’écoutais presque plus. Finalement, un peu brusquement, je dois l’avouer, je les ai envoyés balader, je les ai salués et je me suis précipitée à l’extérieur voir Stan. Il faut savoir que ce jour-là, Ronel, était dans la salle aussi. Donc je suis sortie et Stan m’a vue. Il a souri et il s’est avancé. Il savait que j’allais partir. Jana le lui avait dit, je le lui avais répété. Jana avait pleuré. Et elle m’avait fait pleurer aussi parce qu’elle m’avait dit, au tout début de quand on commençait tout juste à se parler, qu’elle ne pleurait jamais. Juste quand une personne proche mourrait. Mais que sinon, elle n’était pas sentimentale. Et quand un jour, je m’étais mise à pleurer, elle était venue me consoler en disant : « Faut pas pleurer. Ca fait couler maquillage ». Un ange. Et son français parfaitement imparfait la rendait encore plus adorable. Le jour où elle m’a dit au revoir, elle a pleuré. Et je me sentais immonde à faire pleurer une personne comme elle. Ca m’a brisé le cœur. Elle arrêtait pas de répéter « Je pleure pas, je pleure pas. J’ai poussière dans l’œil. Regarde ». Elle est partie et Ronal m’a dit qu’elle avait encore pleuré dans la salle équipier.

Donc j’étais face à Stan. Je n’ai rien dit et lui non plus. Il a juste passé son bras autour de ma taille et il m’a serré contre lui avant de m’embrasser sur les joues. Encore une fois, j’ai eu cette étrange mais merveilleuse impression que mon cœur s’était arrêté un moment, comme le temps, pour profiter de ces quelques petites secondes d’éternité. En tout cas, je pense que ça restera éternellement dans ma mémoire.

Quand on s’est séparés, c’est moi qui ai parlé. J’ai articulé:

_Merci. Pour tout. (Il a compris) Je te souhaite le meilleur. Bonne chance (Il n’a pas compris) Et courage pour le hockey et le Mc Do (Il a compris).

Je me souviens, il a répété « courage » en hochant la tête dans un sourire. Faut dire entre son boulot qu’il détestait et l’équipe de bras cassés dans laquelle il était, il était désespéré le Stan. C’est un très bon gardien. Il bloque la plupart des tirs et quand il en encaisse un, il secoue toujours la tête en donnant un petit coup de crosse sur la glace. Un jour, il racontait à Jana (et Jana m’a racontée) qu’il jouait dans une autre ville et il a reçu un palet dans le cou. Il a perdu connaissance et s’est réveillé à l’hôpital, complètement paniqué parce qu’il ignorait complètement où il était.

Peu importe. Il m’a demandé quand est-ce que je partais. J’ai répondu samedi. Parce que je pensais partir samedi. Il m’a demandé si j’allais faire une fête avant et j’ai répondu que non, je ne pensais pas avoir le temps. Ensuite, il m’a dit qu’on garderait contact par Facebook et il m’a de nouveau serrée dans ses bras.

Jeremy, à l’autre bout de la terrasse, a hurlé: « Hey ! C’est pas fini la drague tchèque, là !? », on l’a juste ignoré. Puis Stan est parti, il a quitté la terrasse et moi je suis restée à ma place, le regardant s’éloigner. Il s’est retourné deux fois et il a agité la main en souriant légèrement.

Ensuite, je suis allée rejoindre Jeremy et Laura, une fille que j’aimais bien aussi et je suis restée là avec eux jusqu’à ce que Ronel arrive.

Ronel : Tu crois que je t’ai pas vue avec Stan, là ? Tu as parlé avec ce mec plus de deux minutes, dis-moi c’est quoi ton secret !
Moi : Je crois que je suis amoureuse de Stan. Il est trooop chouuu !

Tout le monde a éclaté de rire. Ronel aussi. Ensuite elle m’a menacé de me tuer avec son sac à main. Je ne pensais pas du tout ce que j’avais dit. Moi amoureuse de Stan ? Pff absurde, je pensais. Sauf qu’après ça, je n’arrêtais pas de penser à lui et j’ai fini par me dire « Oh-oh, je suis vraiment en train de craquer pour lui ! ».

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Le jeudi, on a fait une soirée. Et ce soir-là, alors que Jeremy m’avait offert deux roses, une rouge et une blanche, il a eu la merveilleuse idée de coucher avec Johanna alors que j’étais dans le lit avec eux. Je suis allée m’asseoir par terre et j’ai mis Fight Club hyper fort pour couvrir leurs bruits. Sans succès. Après leurs petites affaires, eux se sont endormis. Moi, alors que j’étais hyper fatiguée, j’ai fait une nuit blanche. Dès que le soleil s’est levé, en larmes et tremblante par rapport à ce qu’ils avaient osé me faire, j’ai cherché à fuir l’appartement. J’ai pris mes roses que j’ai jetées dans la première poubelle, et j’ai appelé Ronel.

Moi : Tu devineras jamais ce qui s’est passé hier soir. Johanna et Jeremy ont couché ensemble alors que j’étais là, quoi. Je leur ai demandé de faire ça quand ils seraient seuls mais rien à faire. Je les déteste. Je déteste tout le monde. Je veux plus voir personne.
Ronel : Attends, calme-toi. Passe chez moi. On ira boire un chocolat. Je t’invite, t’en as besoin, tu vas tout me raconter.

Chocolat chaud et muffin au chocolat au cas où ça ne va pas. Ca ira mieux après. Et avec une amie très drôle, ça passe très bien, aussi. Elle a réussi à me remonter le moral. Et alors que je n’étais pas maquillée, que j’avais passé les deux dernières heures à pleurer, je suis arrivée au Mc Do et Stan a eu ce même sourire gigantesque en me voyant. Le même qu’à chaque fois. Il était beau. Jana a compris que ça n’allait pas.

Moi : Demande à Stan de frapper Jeremy pour moi quand il le reverra.

Stan a entendu son prénom, Jana lui a répété ce que je lui avais dit mais il a froncé les sourcils, il ne comprenait pas et Jana non plus. Donc j’ai expliqué et là, Jana a écarquillé grand les yeux, a tout répété à Stan et Stan est revenu en me disant : « OK ! » d’un air hyper sérieux. Ca m’a fait sourire.

J’ai disparu pendant les trois derniers jours. Je n’ai revu que Ronel et un autre pote. J’ai menti à tous les autres en disant que j’étais montée sur Paris en attendant mon vol lundi. Ce n’était pas vrai. Je suis restée à Orléans et j’ai remercié tous les dieux de l’univers de ne m’avoir fait croiser personne. J’ai envoyé un message à Stan, plus tard : « Coucou Stan. J’espère que tu vas bien. Je voulais te dire merci pour tout: pour ta gentillesse, ta bonne humeur et pour avoir pris ma défense face à Jeremy. Ne le frappe pas, je plaisantais ;) . Bisous ». Et il a répondu (grâce à son traducteur pas très performant, si vous voulez mon avis): « Heureux de vous connaître, que vous apporte le sourire à Mc Donald, le chant, la joie. Tu vas me manquer ;( <3 ». Il est juste trooooop chou ce message, non ? Moi je l’adore, il me fait trop rire.

La veille de mon départ, dimanche, donc, j’ai envoyé un message à trois personnes dont une plus qu’importante à mes yeux : Laurence. Je lui racontais en gros l’histoire Stan, que j’avais des sentiments et que je ne voulais plus partir. J’ai fini par poser la question qui me trottait dans la tête depuis des jours : « Est-ce que tu écouterais ton cœur et resterais quitte à abandonner ta famille ou est-ce que tu écouterais ta raison et prendrais l’avion pour lequel tu as déjà payé en sachant que ta mère t’attend dans deux jours ? » Laurence a répondu : « Moi je te dirai d’écouter ta raison et de prendre l’avion. Parce que si vous êtes faits pour être ensemble, peu importe quand, vous allez finir par vous retrouver. ». Les deux autres n’ont pas donné d’avis centré. C’était à moi de choisir. Elles avaient juste donné leurs conseils en pesant le pour et le contre dans chaque situation.

coeur et raison

Le lundi, j’étais à l’aéroport. J’ai déposé mes bagages en consigne et comme j’étais arrivée le matin et que mon avions décollait le soir seulement, j’ai passé une demi-journée sur le quai du train, à faire des allers-retours avec l’aéroport, fumant cigarette sur cigarette et me posant une grande question : « Qu’est-ce qui se passerait dans ma vie si je choisissais d’écouter mon cœur et que je récupérais mes bagages et que j’allais retrouver Stan pour lui dire que l’idée de lui dire au revoir pour une durée indéterminée, peut-être même pour une vie entière me faisait l’effet d’avoir un trou de la taille de la Terre dans le cœur ? ». J’ai continué d’envoyer des messages à Laurence.

Moi : Je crois que c’est l’homme de ma vie.
Laurence : Qui c’est qui te l’a dit ?
Moi (plaisantant) : La boule de cristal virtuelle sur ma tablette.

Vous savez, le truc qui donne des réponses aléatoires aux questions fermées… ?

Laurence : Si c’était vraiment l’homme de ta vie, je te dirais de rester.

Mais je n’ai pas pris le train. J’ai pris l’avion. Lorsque je me suis assise à ma place, j’ai éclaté en sanglots. Je m’en souviens comme si c’était hier alors que ça fait un an, tout ça. J’avais l’impression d’être la personne la plus triste de la planète. Et pendant mon voyage de quinze ou seize heures, avec deux escales, quand je ne regardais pas de films ou n’écoutais pas de musique, j’apprenais le tchèque.

Quand je suis rentrée, quelques jours après mon arrivée, j’ai discuté avec Stan. Je ne rapporte pas la conversation parce que son traducteur disait n’importe quoi haha. Mais en gros, il disait qu’un jour, il viendrait me voir à la Réunion et qu’il aimerait qu’on aille boire un verre ensemble. J’étais sur un petit nuage de coton rose. Il aimait toutes les photos de la Réunion que je postais. Malheureusement, je n’ai jamais revu Stan, il est retourné en République Tchèque et là-bas, il a rencontré une fille. Pas « très mince », normale, quoi, comme moi, mais blonde, en effet. Y a que ça, là-bas de toute façon haha. Et il est retourné à Orléans, avec elle, trois mois plus tard. Elle l’a fait, elle : Elle a abandonné tout pour rester avec le mec qu’elle aimait.

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Après ça, j’ai écrit un cahier à Laurence pour lui raconter cette histoire. Et voilà ce que j’ai dit :

« Je suis persuadée que dans la vie, il n’arrive qu’une seule et unique histoire qui sorte de la vie de tous les jours. Une histoire comme dans l’un de ses films devant lesquels tu te demandes inlassablement pourquoi l’héroïne n’est pas toi. C’est Stan mon histoire pas banale. Mais après, j’en sais rien. Peut-être que je ne suis pas amoureuse et qu’au fond, je cherchais juste une raison de rester en France, peut-être que ce n’est qu’un béguin, comme tant d’autres. Peut-être que c’est le bon et peut-être que je ne le reverrai jamais. Peut-être qu’un jour, je n’aurais plus le cœur qui s’agitera quand je verrai son nom dans mes notifications et peut-être même qu’un jour, j’en oublierai même son nom, tiens. Mais jamais je n’oublierai que pour un garçon étranger avec qui j’avais beaucoup de mal à communiquer et dont je ne connaissais rien, pour ce garçon-là, avec ses yeux bleus, son corps parfait et sa phrase philosophique tatouée sur le bras, pour lui, j’aurais été capable d’abandonner toute ma famille, rater un avion et sauter dans le premier train pour retourner le voir alors que j’ignorais quels étaient ses sentiments envers moi. C’est purement et simplement romantique, c’est pour ça que j’y crois. Parce que ça semble ridiculement insensé et complètement fou mais c’est bien trop beau pour être ignoré. C’est lui l’homme de ma vie. Charlie Chaplin a dit que le temps était un grand auteur : il écrivait les meilleures fins. Alors voilà, si dans quelques mois, un an ou deux, je déclare ne plus rien ressentir pour Stan, montre-moi ce cahier, mets-moi face à ma folie, ma stupidité, à mes grands espoirs ridicules mais en attendant, je veux juste que tu sois la gardienne de tous mes secrets. Et puis sérieusement, si c’est pas ça le grand amour, à quoi ça ressemble, bordel ?! ».

Laurence m’a passé le cahier parce que je le lui ai demandé mais je ne lui ai jamais déclaré ne plus rien ressentir pour Stan. Il a été la seule personne à me faire oublier Alexandre et aujourd’hui, c’est encore en pensant à lui qu’Alexandre est moins présent dans mon esprit. Je suis presque sûre que jamais personne ne perdra son temps à lire cet article jusqu’à la fin. Mais il fallait que j’en garde une trace, de mon côté.

On en reparlait avec Muriel, la dernière fois. Elle me disait qu’elle était sûre que si j’étais restée, j’aurais eu une histoire avec Stan. J’ai beaucoup pleuré, à cause de cette histoire parce que pendant longtemps, j’ai eu l’impression d’avoir pris la pire décision de toute ma vie. Mais je m’en suis sortie en réalisant que la vie était faite de choix, que j’avais fait les miens et que si je voulais que ça change, je n’avais qu’à en faire d’autres. J’ignore si je le reverrai un jour. Peut-être que sa blondinette tchèque est finalement la femme de SA vie. Et que moi, de mon côté, je n’ai pas encore rencontré le véritable homme de ma vie. Parce qu’il n’y a pas eu de flash avec Stan. Quoi qu’il en soit, c’est l’histoire qui me donne toujours des frissons. J’ai essayé d’écrire une histoire en m’aidant de ça, un jour. Je n’y suis pas arrivée. Parce que ça ne fonctionnait pas. Je me disais que rien ne pourrait battre l’original.

Après ça, j’ai écouté de la musique. Une chanson créole d’ici dit :

« Si ou veut aller, allé a ou mais si ou rode l’amour, reste là car ou conné si c’est pas ou, mi rêve pas, si lé pas ensemb’ ou ça ne m’intéresse pas. » Traduction : Si tu veux t’en aller, vas-y mais si c’est l’amour que tu recherches, alors reste ici. Parce que tu sais bien que si ce n’est pas toi, je ne rêve pas, si ce n’est pas avec toi, ça ne m’intéresse pas. ». C’est l’une des chansons qui a le mieux marché à la Réunion. Pix’L –Allé a ou. C’est l’une de mes chansons réunionnaises préférées.

Taïro –J’étais prêt : « Certains disent que c’est dommage, d’autres que c’est plus sage, d’autres que c’était écrit. Qu’il vaut mieux tourner la page, que je n’ai plus l’âge pour les larmes et les cris. Pourtant pendant mes naufrages c’est bien ton image qui éclaire mes nuits. Non vraiment, je ne sais toujours pas pourquoi je suis parti(e) »

Team BS –Case départ : « Quelques mots sur un papier, beaucoup d’espoir, c’est un aller sans retour à la case départ. Un peu de elle, de lui, de nous, beaucoup de toi, au cas où on se revoit à la case départ ».

Et vous, par message ou par commentaire, si jamais vous avez tout lu, dites : Vous auriez écouté votre cœur ou votre raison ?

Kit de survie pour un cœur brisé

Voici mon kit de survie après une rupture ou après que votre petit cœur ait prit un sacré choc.. Chacun le sien, après, mais pour moi, ça a marché. Et il ne m’a fallu que deux jours. Et pourtant, je continue de l’aimer… Toujours autant. Mais sans que ça me fasse mal, c’est possible, aussi.

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Etape 1 : Pleurer.

Si besoin, évidemment. Moi, j’en avais grand besoin. Pleurer, c’est un moyen d’évacuer. Alors pleurez autant que vous le voulez, aussi longtemps que vous le voulez. Et n’essuyez pas vos larmes tant que vous voulez continuer. Au moment seulement où vous voudrez cesser de vous apitoyer sur votre sort, que vous vous serez regardé dans votre miroir en disant : « Regarde-toi, bon sang, tu es pathétique », vous pourrez passer à l’étape 2. Sinon, ça ne sert à rien. Si vous n’avez pas envie de changer la situation, continuez de pleurer. Chacun son rythme.

Etape 2 : Relativiser.

Le premier jour, j’ai écouté Bob Marley No woman no cry et je me sentais vraiment mieux, même si j’avais encore le cœur gros et que les larmes traversaient encore mes joues par moment. Parce que quand Bobby dit « Everything is gonna be alright », on le croit. Et puis je suis allée chercher des citations sur les cœurs brisés aussi. Il y en a des milliers mais je vais en mettre une : « Une rupture est comme un miroir brisé. Il vaut mieux le laisser brisé que de se blesser à essayer de le réparer. ».
Dressez une liste, non pas des défauts de l’autre personne, mais du pourquoi ça n’a pas marché. Que ce soit de votre faute ou de la sienne, il y a bien des raisons qui ont fait que ça a foiré.

Etape 3 : Se changer les idées.

Voyez des amis, faites du sport, des loisirs créatifs… Occupez-vous l’esprit. J’ai lu dans l’article que j’ai cherché pour arriver à oublier une personne que pour éviter de penser à des souvenirs trop douloureux, il fallait se concentrer sur un truc bête comme ses pieds qui touchent le sol ou alors, plus simple, parler à haute voix. Dites par exemple : « Je suis là ! » ou encore « C’est ici le présent ».
Moi j’ai vu Romain et Julien et je n’ai pas regretté. Ca m’a fait un réel bien. Oubliez la chanson de Camélia Jordana qui répète « Non non non, je ne veux pas l’oublier, je ne veux pas m’habiller, je veux juste aller mal, il n’y a pas de mal à ça »… Non, il n’y a pas de mal à ça. Seulement, notre amie Camélia en est encore à la première étape. Vous, vous en êtes à la troisième alors on se bouge le popotin !! (Pour ne pas dire autre chose)
Surtout, ne pas se changer les idées en consommant drogues et alcool. Ca, ça ne marche pas !!! Pas longtemps, du moins. Et puis, ça va avec la première étape. On peut boire du vin ou s’empiffrer de chocolat avant de se regarder dans le miroir et se rendre compte qu’on est pathétique.

Etape 4 : Sortir et rencontrer d’autres personnes.

Soyez fraîches, belles et sexy lorsque vous sortez ! Ne vous laissez pas aller parce qu’une personne n’a pas/plus voulu de vous. Quelqu’un d’autre pourrait passer, vous voir et ZING !! (Mon mot pour dire « coup de foudre »). On ne sait jamais. Peut-être que vous rentrerez chez vous sans n’avoir croisé personne mais pour le jour où vous rencontrerez quelqu’un, ça serait bien de ne pas être habillée comme un sac à pain. J’ai entendu bon nombre de mes amis dire : « J’ai remporté la rupture. J’ai vu mon ex, la dernière fois… Hahaha, il/elle ne ressemble plus à rien ! ». Vous ne voulez pas qu’en plus, il ou elle vous voit en train de souffrir de la rupture, n’est-ce pas ? Alors montrez-lui ce qu’il/elle a perdu, bon sang !
Aujourd’hui, j’ai mis une petite robe d’été que mamounette a fait (toujours), j’ai lâché mes cheveux que j’avais préalablement lissés et je me suis maquillée avant de descendre en ville, retrouver Lisa. Le chauffeur de bus en service était carrément mignon. Je l’ai déjà repéré mais moi, je ne fais jamais le premier pas. En sortant du bus, au terminus, je suis passée par l’avant parce que j’étais plus loin de la porte arrière et j’ai eu droit à un sourire du dit chauffeur accompagné d’un « Au revoir, mademoiselle ! ». Et ça fait un bien fou. Les compliments, c’est toujours sympa ! Et j’en reçois presqu’à chaque fois que je sors. Aujourd’hui, un homme m’a dit : « Vous êtes ravissante ! ». Avant, je n’avais pas confiance en moi. Mais ça, c’était avant. Et lorsque votre vision sur vous-même change, celle des autres à votre égard change également. Faites le test, vous n’avez rien à perdre et tout à gagner.
Souvent, les compliments que je reçois viennent de personnes qui ne m’intéressent absolument pas, de pauvres gars qui traînent dans la rue et ne font que ça toute la journée. Mais il pourrait arriver un jour où il viendra de quelqu’un qui vous plaira carrément, et vous rentrerez chez vous avec un large sourire en étant alors convaincu(e) que la vie est belle. Je vous le promets.

Finalement, quand votre petit cœur aura arrêté de saigner et qu’il aura cicatrisé, vous pourrez alors écouter, chanter et danser sur la liste de chansons pour célibataires.

Chansons de célibataires.

Single Lady pour ceux qui aiment Beyoncé. Ce n’est pas mon cas. Mais c’est la chanson de célibataire de tout le monde, non ?

Single de Meghan Trainor. J’adore cette chanson. Elle me donne la pêche et me correspond bien.

I don’t need a man des Pussycat Dolls. Parce qu’on s’en sort très bien toute seule, d’abord.

Mon Coeur, mon amour d’Anaïs. Parce que ces couples débiles qui se roulent des pelles toute la journée se croient mieux que nous ? Pff, ils peuvent aller se faire cuire un œuf.

- A cause des garçons de Yelle ou d’un groupe qui s’appelle A caus’ des garçons. Peu importe. Celle de Yelle est plus jeune quand même… pour réaliser qu’au final, un mec, ça attire plus de problèmes qu’autre chose.

So what ? de Pink parce qu’il faut leur montrer que c’est fini mais qu’on va bien, qu’on continue de vivre et de s’amuser.

Survivor des Destiny’s Child. Chanson parfaite pour montrer que la vie ne s’arrête pas à la rupture.

Laisse tomber les filles de notre chère France Gall. Bon, le meilleur pour la fin parce que je trouve que pour toutes les filles qui se sont faites lâchement larguées, trompées, ou autre, c’est la chanson parfaite. La roue tourne, les loulous. « On ne joue pas impunément avec un cœur innocent ». Eh oui !

Ma liste s’arrête ici. Chacun la sienne, il y en a d’autres, je pense, des chansons pour célibataires.

 

Lisa : Qu’est-ce que tu feras si Alexandre revient ?
Moi : Il ne reviendra pas. Mais SI jamais il le fait cette semaine, je m’excuserai pour tout ce que j’ai pu dire. S’il revient la semaine prochaine ou même après, il sera en retard, il aura rompu sa promesse et je devrais alors me faire violence pour ne pas retomber dans ses bras.

J’ai été en colère contre Alexandre toute la journée d’hier. Dans mes larmes, je l’ai insulté et maudit. Aujourd’hui, j’ai eu le cœur gros en y repensant. Comment j’ai pu ?! Alexandre a été là pour moi lorsque personne d’autre ne l’a été. Je n’ai aucun droit de dire des choses pareilles. Je dois juste laisser couler, me dire que c’est fini, que c’est tant pis et que je peux encore remercier les dieux ou le destin tous les jours de ma vie pour l’avoir rencontré et me consoler en me disant : « C’était vraiment bien le temps que ça a duré. ». Et puis, il faut bien tourner la page si on veut connaître la suite de l’histoire. Même si cette maudite page semble peser une tonne. Il y aura pleins d’aventures qui valent la peine d’être vécues, derrière.

Saleté de Cupidon ! ou « Quoi, tu es amoureuse d’Alexandre ?! »

cupido

 

La journée se déroulait pourtant super bien. On avait été voir de la famille avec Mamounette chérie et Jade puis ma mère était allée travailler sa couture pour ses clientes, Jade était restée chez la famille et moi, j’étais allée chez ma soeur, profitant de son absence pour faire imprimer les papiers dont j’avais besoin.
Ma mère m’a appelé pour me dire de rester chez ma soeur au lieu de rentrer parce qu’ils me récupéraient et venaient ensuite récupérer Jade à la maison. J’ai soupiré mais j’ai accepté. Je ne voulais pas voir Julien et je ne voulais pas voir Romain non plus parce que… je commençais à me poser des questions sur les sentiments que j’avais pour lui et comme c’était déjà assez compliqué avec Alexandre, je n’allais pas en rajouter.
Mais en sortant de l’appartement de ma soeur, ils sont passés voir les garçons quand même, qui venaient de rentrer du boulot (Julien a repris son boulot de serveur). Chouette, trop contente, Bibi. Je voulais les éviter, eh ben c’était raté !
Julien s’est comporté comme s’il ne s’était pas énervé pour rien samedi et Romain était absolument craquant dans sa chemise bleue qui faisait ressortir ses yeux bleus clair pareils. On n’est pas restés longtemps, juste assez pour que Romain nous dise que c’était l’anniversaire d’Eddy hier qu’il voulait le fêter avec nous, ce week-end comme on l’avait fait pour Laurence. Là, mon coeur a fait un bond. Si c’était pour que ça fasse comme la dernière fois entre Romain et moi, ça allait pas le faire. Je n’étais même pas sûre d’avoir envie d’y aller. Laurence ne serait pas là, en plus… Trop d’alcool… Je la vois vraiment mal, cette soirée. Bref, on est partis, ils n’ont (dieu merci) pas voulu nous accompagner boire un verre chez ma mère et donc on a pris la route. Ma tante est une voisine. Elle habite à quatre maisons au-dessus de la notre. On est partis chez elle et avant de partir, quand on s’est levés pour dire au revoir, Loïc m’a encore parlé de sortir avec Romain ou Julien.

Moi: Pourquoi tu essaies toujours de me faire finir avec l’un d’eux ?
Loïc: Tu préfères finir seule ?
Ma soeur (dans les parages): Ah-Ah… Je crois qu’elle aime quelqu’un d’autre, en fait. Mais le truc c’est que c’est toujours un membre de ta famille. Ca va, non ?

Ma chère soeur était morte de rire.

Moi: Qui t’a dit ça ?!
Ma soeur: Toi !
Moi: Oh non ! Je t’ai jamais parlé de lui. JAMAIS ! Même vendredi quand j’étais saoule. Qui t’en a parlé ?!

En réalité, j’ai déjà parlé d’Alexandre à ma soeur… Dans ma profonde jeunesse. Mais elle sait très bien de qui il s’agit.

Loïc: C’est qui ?
Ma soeur (l’ignorant): Bon d’accord. Je t’ai entendue quand tu en parlais avec Romain et Eddy.
Moi: Oh putain…
Loïc: C’est vraiment quelqu’un de ma famille ?
Ma soeur: Oui c’est un *Nom de famille*.
Loïc: Ah c’est un cousin de ce côté ! Euh… Loïc ? Cédric ?

Il a commencé à me siter tous les cousins qu’il avait qui portaient ce nom-là. On vit dans un « village » de plus de 20 000 fucking habitants et tout le monde se connaît au bout d’un moment. Obligatoirement. De vue, de nom, de fréquentations, de ce que vous voulez. On se connaît tous, on se rejoint tous sur Facebook au bout d’un moment.

Moi: Non, c’est aucun de ceux-là. Loïc, cherche pas à savoir, s’il te plaît. Si tu en parles, je serai vraiment en colère, cette fois. Laisse-moi gérer.
Loïc: Promis, je ferai rien. Ou si, peut-être. Si je peux arranger un coup, entre vous…
Moi: Non. Non, non, non. Tu vas rien arranger du tout, d’accord ?
Loïc: Mais c’est qui, putain ?
Ma soeur (chantant une espèce de chanson débile): Un A-A-A le chat-chat-chat… Qui boit du lait-lait-laix… Oh ! Chéri, je t’aide, là.
Moi: La ferme !
Ma soeur: Ecoute bien. Un A-A-A, le chat-chat-chat, qui boit du lait-lait-laix… A-laix…
Loïc: Quoi ?! Tu es amoureuse d’Alexandre ?!
Moi: Je vous déteste. Vraiment.
J’ai réussi à coincer Loïc quand ma soeur est rentrée à la maison chercher le sac de Jade pendant que j’attendais à côté de la voiture avec lui.

Moi: Ecoute, j’aime beaucoup Romain et je lui ai dit. Mais il sait que j’aime Alexandre et ça foire tout. Ou alors y a autre chose, j’en sais rien. Voilà pourquoi je dois rien vous confier. Tout circule entre vous à la résidence. J’ai parlé à personne de ce que tu me confies sur ta relation avec *ma soeur*, moi.
Loïc (chuchotant): Tu as intérêt, c’est vachement… personnel…
Moi (soupirant): N’empêche que c’est pas cool.
Loïc: A qui d’autre je peux en parler ? Romain et Julien c’est pas pareil.

J’ai poussé un nouveau soupir et croisé mes bras sur ma poitrine avant de détourner la tête.

Loïc: Je te comprends, Alexandre est vraiment un beau mec. Il est carcasse, c’est un cadavre (dans ce sens-là, ça veut dire « très musclé »).
Moi: Oui, je le sais. C’est pas pour son corps que j’aime Alexandre. Moi je le trouve trop musclé, je suis pas fan.
Loïc: T’aimes pas ? Tu rigoles ! Il prend super soin de lui, ce gars-là. Tu vas lui dire ?
Moi (haussant les épaules): Ca fait des années que je connais Alexandre. Pourtant, il me promets toujours qu’on va se voir et il me fout dans le fond (= poser un lapin, annuler).
Loïc (grimaçant): Peut-être que t’es pas la prioritaire sur sa liste. Des filles qui lui courent après, il en a pleins, Alexandre.

Là, j’avais envie de pleurer. J’ai dégluti mais j’avais envie de fuir.

Moi: Je le sais !
Loïc: Je te dis pas ça méchamment, tu sais ? Alex est pas prêt à se poser, il a encore envie de s’amuser. Et il est gentil, vraiment. C’est un mec cool. Tout ce que j’aime pas, chez lui, ce sont ses fréquentations (Le « C. » dont j’ai parlé dans l’article « Cinq ans après, rien a changé », je crois). Mais il verra pas ce que tu vaux. Si tu veux quand même tenter…
Moi: Il faudra bien que je lui dise, c’est tout. J’ai plus envie d’en parler, Loïc. On se reverra bientôt, je suppose. Vendredi, peut-être.
Loïc: Oui, on te retrouvera à squatter l’appart’, comme d’hab.

J’ai souri tristement, je lui ai dit au revoir, ainsi qu’à ma soeur qui était revenue et je suis rentrée à la maison.
Je ne suis pas tout en haut de la liste de filles qu’Alex doit voir. Malgré toutes les conversations que j’ai rapporté dans l’article « Alexandre (version longue) » il faut que je me dise que c’est le passé. La dernière conversation que j’ai eu avec Alexandre remonte à vendredi dernier. La veille, à 3h du matin, il m’avait envoyé un autocollant d’un gros bonhomme qui fait un bisou.

Moi: ? ^^
Alex: Je me suis trompé. Mais je te fais de gros bisous, quand même et si je t’ai réveillée, je suis vraiment désolé ! :o

Alors le vendredi, je suis allée lui demander s’il m’avait envoyé ça quand il était bourré.

Alex: Haha, même pas. J’avais les yeux collés dans mon lit et c’est pour ça que je me suis trompé.
Moi: Ah oui, quand même. Tu m’as fait rire, en tout cas.
Alex: J’ai bien fait alors.
Je ne suis pas prioritaire sur sa liste… Mais alors qu’est-ce que je dois faire de son message où il disait qu’il n’avait aucune envie de m’oublier, aucune envie que je laisse tomber, que je devais le croirer lorsqu’il disait que ça lui manquait à lui aussi nos conversations d’avant, qu’on allait se voir bientôt. Pourquoi je ne fais plus comme avant, quand je disais à Laurence: « Je ne suis pas jalouse des autres filles qui entrent dans le lit d’Alexandre. Je sais que je serai toujours importante à ses yeux. Je serai toujours la différente, celle qui se démarquera des autres. » ? Pourquoi j’ai l’impression que mon coeur se déchire à chaque fois qu’on me parle de lui, à essayer de me convaincre que ça ne marchera pas, que je fonce dans le mur, que je vais souffrir ? Pourquoi est-ce que je n’ai plus confiance en Alexandre ? Pourquoi, pour la première fois, je me dis qu’Alexandre ne pourra pas me consoler lorsqu’un garçon me fera du mal ou que j’aurais le coeur brisé ? Pourquoi est-ce qu’il a fallu que celui qui me faisait toujours sourire auparavant et fasse sécher mes larmes, devienne, du jour au lendemain, celui qui, inconsciemment, les faisait couler ?

 

cupidon
Saleté de cupidon, pour m’avoir touchée de ta flèche Alexandre, sache que je te maudis. Et je déteste l’amour. Et plus les jours passent et moins je crois que l’amour peut rendre heureux. Ca m’a jamais, JAMAIS, fait du bien, à moi.

Faites des gosses, je vous jure, faites des gosses !

Même si avoir un enfant, un jour, n’est qu’en seconde position sur ma liste, j’adore vraiment les enfants.

J’ai de le chance d’avoir des neveux et des nièces.

Deux filles et deux garçons. Ma plus grande soeur a donné naissance il y a trois mois et demi à des jumeaux, une fille et un garçon et je suis l’heureuse marraine du petit garçon ( ils sont adorables !!!!! *_*). Elle avait un garçon aîné, déjà, Alexis, cinq ans, et il y a aussi Jade, la petite de cinq ans de ma soeur dont je parle toujours et qui vit à la Réunion. Ils sont nés à deux mois d’écart. Il y a donc toujours une espèce de rivalité entre mes soeurs concernant leurs enfants. Moi je les aime tous les deux pareils. Ils me font mourir de rire.

Alexis, d’abord est un tombeur. Vraiment trop mignon, tout le monde craque. Il est très intelligent et franchement, il faut le voir danser, c’est quelque chose.

Il a vécu à la Réunion, dans la maison pendant deux ans. Et il en a sorti des blagues.

_Tatie ! Tatie ! Tu viens jouer au Roropoly, avec moi ? 

Hahaha, rien que pour ça, je jouais avec lui au Monopoly. Et c’était tout aussi délectable de l’entendre dire qu’il allait jouer à sa crotinette (=trotinette).

La meilleure blague qu’il m’ait jamais sortie jusqu’à aujourd’hui est quand même lorsque je suis allée le voir, pour son anniversaire, l’année dernière. J’étais dans le canapé et mon portable était sur la table basse. Il était debout.

Moi: Alexis, chéri, tu peux prendre mon téléphone sur la table, s’il te plaît ?
Alexis: Je vais le porter comme si c’était un oeuf, d’accord ?
Moi (haussant les épaules): Oui, d’accord, si tu veux.

Là, il porte le téléphone dans les paumes de ses mains et avance tout doucement vers moi.

Alexis: Tiens ton oeuf, ma poule !

J’ai ri pendant des minutes entières et quand je raconte cette histoire, je rigole encore autant parce que ça m’a tuée ! On s’appelle « poulette » souvent entre soeurs, cousines, mamounette et fille mais « ma poule », je sais pas où il l’a trouvé mais je le remercie parce que c’était génial d’entendre ça.

Quant à Jade, je la vois rarement mais elle en sort de belles aussi, parfois.

Moi: Jade, arrête ! 
Jade: Y a pas d’arrête dans ma bistèque ! 

Hmm je crois que je le savais. N’empêche qu’on ne peut plus être fâchée avec eux quand ils vous sortent des trucs comme ça. Ces gosses sont bourrés de réparties.

Moi: Jade, tu viens me faire un câlin ?
Jade: Euh… Non ! 
Moi: Ah ben merci ! Tout à l’heure tu en as fait un à Romain ! Pourquoi tu lui fais des câlins à lui et pas à moi ?
Jade (me regardant comme si j’étais la personne la plus stupide de la planète): Ben parce qu’il est blond ! C’est mon blond !
Moi (pensant): J’aimerai bien que ça soit mon blond, aussi ! 

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai eu le coeur brisé et que ces enfants m’ont réconfortés.

Il y a deux ans, je faisais sortir Alexis du bain et il a vu que j’étais triste alors qu’il avait trois ans.

Moi: Tatie Béa a un peu mal au coeur, c’est tout.
Alexis (me faisant un câlin tout mouillé): Ben moi je t’aime et je t’aimerai tout le temps. Et si tu veux, je vais t’offrir une moto Hello Kitty. 
Moi (obligée de rire): C’est gentil mon coeur. Tatie en rêvait. 

hello kitty

« Love is like a butterfly…

…Hold it too tight and it will crush. Hold it too loose and it will fly »

free-as-a-butterfly

Triste journée pour Bibi.

Alors que je pensais que ma mère avait tort et que Maracas était morte durant sa transformation, il se trouvait, qu’en réalité, ma mamounette avait raison: elle était bel et bien en train de se transformer. Je ne faisais plus du tout attention à elle et je ne l’avais pas regardée depuis des jours. Ce matin, vers 10h, alors que je passais devant le bocal, j’ai vu un papillon au fond. J’ai soulevé le couvercle mais Maracas n’a jamais pris son envol. L’une de ses ailes était froissée. J’ai tendu mon doigt pour que Maracas grimpe dessus et j’ai couru à l’étage la montrer à ma mère.

Moi: Maman, regarde, la chenille s’est transformée mais son aile s’est froissée. Elle pourra jamais s’envoler.
Mamounette: Tu crois ? Non, elle doit être en train de déplier son aile, c’est tout. 
Moi: Non, elle est condamnée.
Mamounette: Laisse lui encore un peu de temps. Va la reposer et tu verras plus tard, elle s’envolera.

Malheureusement, cette fois, c’est moi qui avais raison. Plus tard, j’ai cherché le bocal, mais il n’était pas là.

Moi: Maman ? Il est où le papillon ? Il s’est envolé ?
Mamounette: Non. Je l’ai posé sur une feuille. Je crois que tu avais raison. Elle ne pourra pas remettre son aile en place. Désolée. Mais vois le bon côté des choses: Au moins, tu pourras le regarder autant de temps que tu veux. N’empêche, il est superbe. Qui aurait cru qu’une espèce de chenille verte aurait fait quelque chose comme ça ? C’est éphémère, un papillon, Bibi. Tu ne vas pas pleurer, quand même ?!
Moi (la gorge nouée): Non… 

maracas

 

Je pense beaucoup à Romain, aujourd’hui. Je repense à la soirée de vendredi. Qu’est-ce qui ne va pas chez nous ? Est-ce qu’Alexandre est un garçon pour moi, dans le fond ? Je l’aime, c’est certain mais je suis persuadée qu’on n’aurait rien à faire ensemble. Peut-être que je l’aime pour les mauvaises raisons. Peut-être que je veux le voir pour les mauvaises raisons. Je sais que j’ai envie de le voir parce qu’il me manque, que ça fait deux ans et demi qu’on ne s’est pas vus, qu’il a raté des tas d’histoires mais quand je pense à le voir, je m’imagine surtout dans la tenue que je vais porter, je veux l’impressionner, qu’il me regarde comme il regarde les autres filles.
Et quand je pense à Romain, je me dis que je l’aime beaucoup, qu’on rigole bien ensemble, qu’on a souvent la même vision des choses pour pleins de trucs, qu’on est mignons ensemble et que mes amis l’aiment bien, qu’ils ne sont pas toujours en train de dire qu’il me fait souffrir et que je devrais le laisser tomber.
Peut-être que c’est ma mamounette qui a raison: je suis peut-être en train de passer à côté d’une belle histoire. Peut-être que lui n’a aucune envie de vivre une histoire avec moi, aussi. Allez savoir. Peut-être que Julien est un problème. Parce que les deux seules fois où Romain et moi nous sommes rapprochés, c’était lorsqu’on était sous l’effet de l’alcool et que Julien n’était pas là. Peut-être que je me pose trop de questions et que j’ai peur. Et peut-être que j’ai peur de vivre une histoire avec lui, que ça se passe bien et que je remette en question mon voyage en Métropole l’année prochaine.
Romain, Laurence et moi sommes d’accord sur une chose: entre sa carrière et l’amour, on devra toujours choisir sa carrière. Même si on doit avoir le coeur brisé, même si ça veut dire qu’on ne pourra jamais être tout à fait heureux.
Peut-être, tout simplement, ne suis-je pas prête pour une quelconque relation.

C’est un gros fucking bazar dans ma tête.

♥ Alexandre ♥ (Version longue. Très longue)

Quelqu’un a dit que la plus belle chose au monde c’était de voir une personne toujours croire en l’amour même après avoir eu le coeur brisé.
Personnellement, je ne trouve pas ça très beau. Je trouve ça stupide. Je suis stupide. J’ai eu le coeur brisé en mille morceaux, une fois ou deux (trois ou quatre, bon) et malgré ça, je continue de croire, enfin, non, d’espérer qu’un jour, l’amour viendra frapper à ma porte et me dira: « Coucou Bibi, c’est moi. Après t’avoir fait souffrir tout ce temps, je viens te récompenser enfin. Voici l’homme de ta vie et plus jamais tu n’auras à te demander ce que tu as fait dans ton ancienne vie pour mériter ça ! » (Oui, l’amour sera bavard, avec moi.)

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Cécile et moi, on se dit toujours: « L’espoir fait vivre… les imbéciles ». Je suis une imbécile.
Je pars en Métropole l’année prochaine. Avec ma mère, si tout va bien. Et ma soeur ? Elle voulait repartir, aussi. Mais elle est avec Loïc, maintenant. Est-ce qu’elle va partir ? Avec lui ? Ou rester ici et… Bah rester ici. Je n’en sais rien. Moi, en tout cas, j’ai besoin de m’en aller.
Je pars et Alexandre reste. Il faudra que je lui dise ce que je ressens quand on se verra. Si on se revoit. Avec lui, de toute façon, rien n’est jamais sûr. Malgré ses belles promesses. Et après ça, inévitablement, on ne pourra plus être amis. On ne peut plus être amis. Pas avec mon coeur qui fait des montagnes russes quand je pense à lui. Parfois, j’aimerai juste qu’on redevienne des enfants qui ne savaient pas ce que c’était l’amitié, la vie et encore moins l’amour.

Chanson

Quel jour sommes-nous ?
Nous sommes tous les jours
Mon amie
Nous sommes toute la vie
Mon amour
Nous nous aimons et nous vivons
Nous vivons et nous nous aimons
Et nous ne savons pas ce que c’est que la vie
Et nous ne savons pas ce que c’est que le jour
Et nous ne savons pas ce que c’est que l’amour.

C’est un poème de Jacques Prévert. C’est mon poète préféré. L’homme de ma vie. Je suis complètement amoureuse de lui. J’en parlerai dans un article, un jour.

Celui que j’aime vraiment et que j’ai eu la chance de rencontrer, c’est Alexandre, oui. On avait trois ans. On s’est rencontrés à l’école maternelle.
C’était une école privée et catholique. Toute petite. Il n’y avait qu’une seule classe par niveau. C’est pour ça qu’Alexandre et moi, on a été ensemble dans la même classe pendant huit ans. De la petite section au CM2. Les deux premières années, je ne revois que des images, des flashs, pas de souvenirs concrets, de lui. Mais je me souviens parfaitement qu’en grande section, il y avait une fille dans notre classe qui s’appelait Leïla (elle est partie l’année d’après, dans l’école d’à côté, non privée) et on marchait dans la cour, en rang, deux par deux et Alexandre et Laurent marchaient devant nous. C’est là que Leïla m’a avoué être amoureuse d’Alexandre et moi j’ai déclaré être amoureuse de Laurent. Je me souviens qu’on pensait que ça durerait toute la vie. J’ai quand même été amoureuse de Laurent jusqu’au CM1 (entre autres amourettes, à côté, bien sûr). On avait six ans. C’est le premier souvenir concret que j’ai de lui. En même temps, passez quatre à cinq jours par semaine avec les mêmes personnes pendant toute votre enfance et vous vous en souviendrez aussi, je pense.

En CE1, on a commencé le cathéchisme. Ciel. On a fait notre première Communion, ensemble, à l’église. On est ensemble, sur l’une des photos. Avec le prêtre. Prêtre, dont on a appris, il y a quelques années, qu’il avait été reconnus coupable de pédophilie. Ca… refroidit.
L’école était en face d’une église donc à chaque fois qu’il y avait une grande fête comme Noël ou Paques, on faisait une espèce de célébration avec des pièces de théatre, des chants et j’adorais ça ! Un jour, j’ai même joué la Vierge Marie (et on se fout bien de ma gueule quand je raconte ça. « Toi la Vierge Marie ? T’étais la seule fille de l’école, ou quoi ? »).
On a joué à Audace ou Vérité, Filles attrapent Garçons (de loin notre jeu préféré), à faire des bébés avec nos pulls et à jouer au papa et à la maman. Voilà, j’ai connu Alexandre comme ça: quand il n’avait pas encore de moto, ni de tatouage, qu’il n’était qu’un petit garçon fragile et innocent.

On est devenus amis en CM1. Je ne sais plus comment. Je me souviens qu’on allait en classe verte et que dans le bus, on était assis à l’arrière du bus et qu’on discutait. Pauline et moi, on était les deux seules filles dans toute la bande de garçons. Il m’aimait bien, je l’aimais bien et c’était cool.
En CM2, on avait été placés dans la classe par ordre alphabétique. Donc on était à côté lui et moi. Et on bavardait beaucoup. Il me semble qu’un jour, la maîtresse n’en pouvait tellement plus qu’elle nous a déplacés pour la journée. C’est cette année qu’on a connu la première embrouille avec une fille: Camille. Elle était tombée amoureuse d’Alexandre et m’avait dit que j’empêchais toutes les filles de l’approcher parce que j’étais toujours avec lui. Ensuite, elle a assuré que j’étais moi aussi amoureuse de lui et est partie le raconter à toutes les autres filles, dont la plupart ont pris son partie. Moi, je m’en fichais parce que j’avais Alexandre de mon côté. On savait tous les deux que je n’étais pas amoureuse de lui et lui, de toute façon, il n’était pas amoureux de Camille du tout.
(Je suis morte de rire à raconter mes histoires d’enfants de neuf ans.).
En tout cas, il y avait une fille qui n’aimait pas du tout Alexandre. Elle était plus grande et plus forte que lui. Il y avait un arbre en plein milieu de la cour, entouré d’un muret sur lequel on grimpait toujours en se courant après. Ce jour-là, je ne sais pas ce qu’elle a reproché à Alexandre mais n’empêche qu’elle l’a poussé tellement violemment contre l’arbre que ça lui a explosé l’arcade. Et moi, en voyant Alexandre pleurer, j’ai pleuré aussi.
Romain m’a dit qu’il avait souvent vu Alex se battre et qu’à chaque fois, c’était la personne en face qui en avait pris plein. Moi, j’ai déjà vu Alex se faire battre. Et par une fille, en plus.

En sixième, on était dans le même collège mais pour la première fois de notre vie, Alexandre et moi n’étions pas dans la même classe. Pire, je n’étais avec aucune personne de l’école primaire. Seule au monde ! Je suis allée trouver Alexandre le jour de la rentrée. Il m’a fait rire en me disant que vu les deux filles de l’école avec qui il se retrouvait, c’est comme s’il était seul aussi. Leïla avait attéri au collège, aussi et elle était retombée amoureuse d’Alexandre. Il l’a envoyé bouler et il est venu se moquer d’elle avec moi. Quel méchant garçon.

Mais les choses ont changé et après notre dernière année de cathéchisme, on ne s’es plus parlés, on ne se disait même plus bonjour en se croisant. Jusqu’à ce qu’on se retrouve dans le même classe en Troisième. Le jour de la rentrée, celui où on se retrouve dans une salle avec notre prof principal pour qu’il distribue les carnets de liaison et les emplois du temps, j’ai croisé le regard d’Alexandre et il m’a lancé un large sourire. On était placés par ordre alphabétique en art plastiques, français, musique, donc, très vite, on est redevenus les inséparables qu’on était à l’école primaire. Un jour, il m’a envoyé un message par texto:

Alex: Hey, tu es ma grande amie, non ? Et les grands amis se font des confidences. Alors dis-moi, est-ce que y a un gars dans la classe qui te plaît ?
Moi: Non, on est au tout début de l’année. Y a personne, encore. Mais toi ? Si tu poses la question, c’est qu’il y a quelqu’un.
Alex: Oui, c’est Marie.

Marie… La première et la seule relation sérieuse qu’a eu Alexandre. Du moins, à ma connaissance. Ca a duré trois ans. Mais alors que Marie lui plaisait et qu’il plaisait à Marie, ça a pris un an à se faire.
Marie et sa soeur jumelle mangeaient chez elle. Alex, moi et beaucoup d’autres, on mangeait au collège et ensuite, on se retrouvait dans les couloirs de musique pour discuter.

Alex: Je sais pas ce qui se passe. Quand je suis ici, ça va mais dès que je rentre chez moi et que je pense à elle… J’ai mal au ventre et je me sens pas bien.
Moi: Je crois que tu es amoureux.

Il a souri. Ca a, de loin, très loin, été la meilleure de nos années. Alexandre était le plus gentil du monde. Je me souviens qu’un jour, un pote à lui avait fait une réflexion sur moi. Je ne sais plus du tout ce que c’était, je ne me souviens plus s’il l’avait dit pour plaisanter ou pas mais je revois parfaitement Alexandre se poster devant moi et fusiller le mec du regard en disant: « Ne lui parle pas comme ça ! ». Et j’ai l’impression de ressentir à nouveau mon coeur faire un bond dans ma poitrine. Parce qu’il m’impressionnait. C’était mon super héros.

Un jour, on était à la plage avec Marie, sa soeur jumelle Juliette et Alexandre. Alan, le mec qui nous accompagnait toujours, avant, n’était pas libre ce jour-là. Alors qu’au bout d’un moment, Alex était aller se baigner, je suis restée seule avec Marie qui m’a demandé si j’étais amoureuse d’Alexandre, qu’elle était jalouse et que si elle ne se rapprochait pas plus d’Alexandre, c’était parce que j’étais tout le temps dans les parages. J’ai assuré sur un ton calme que je n’étais pas amoureuse d’Alexandre et que le jour où ils sortiraient ensemble, je ne serai plus aussi proche d’Alexandre puisqu’il aurait beaucoup moins de temps à m’accorder. Au fond de moi, j’avais envie de hurler ! Au bord des larmes, je suis allée dans « la piscine ». C’est un bassin entouré de pierres dans lesquelles les gens vont pour ne pas avoir à affronter les vagues. Moins de deux minutes plus tard, Alex est venu me retrouver.

Alex: Qu’est-ce qui se passe ?
Moi: Rien.

J’avais baissé la tête parce que j’avais menti, bien sûr. Et je ne mentais jamais à Alexandre. Si je ne pouvais pas être sincère avec lui, je ne pouvais l’être avec personne. Il a souri.

Alex: C’est ça, ouais. Allez, dis-moi !
Moi: T’inquiète, ça va. Et regarde, Marie et Juliette arrivent.

Il a oublié et j’étais contente parce que je ne me voyais pas lui répéter ce que Marie avait dit. On a fait l’impasse sur tout ça et on a passé une bonne journée, quand même.

Il y a eu le jour où Alexandre m’a fait monter sur sa moto, aussi.

Alex: Allez, monte.
Moi: Non, j’ai trop peur. Et en plus, tu as qu’un seul casque.
Alex: On va pas mettre de casque. On est sur l’herbe ! On va faire un tour et on revient. T’as pas confiance en moi ?!

Ah ce sourire ravageur. J’ai poussé un soupir et je suis montée derrière lui, les mains accrochées à son ventre. Il roulait tout doucement, ça m’allait, c’était sympa.

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Alex (tournant rapidement la tête vers moi): Prête ?
Moi: Quoi ?! Non ! Alex, non !

Il a éclaté de rire et accéléré. Je me suis accrochée un peu plus fort et j’ai hurlé que je le détestais. Malgré ça, même si ça n’a duré qu’une minute, en gros, qu’il n’y avait pas un paysage époustouflant parce qu’on était simplement sur le terrain de foot de notre collège, j’ai adoré ce moment.

Il y a un truc que je regretterai longtemps avec Alexandre. En technologie, on était aussi placés par ordre alphabétique. Un mec qui s’appelait Nicolas était assis à notre table et c’était toujours du travail de groupe. Mais on ne travaillait jamais. On avait inventé un jeu débile. Quand on ne jouait pas au Baccalauréat, on prenait une lettre et on disait chacun un mot qui commençait par cette lettre-là. Si l’un de nous disait un mot qui avait déjà été dit ou qui n’existait pas, on avait un gage. Un jour, j’ai perdu. Et Nicolas a voulu que j’embrasse Alexandre, comme gage. Alex m’a regardé en souriant, prêt à le faire. Moi, j’ai regardé Nicolas et dit: « C’est Alexandre. Je peux pas faire ça. Pas avec Alexandre. Trouve autre chose, s’il te plaît ! ». Il a accepté. J’ai refusé d’embrasser Alexandre. Aujourd’hui, je me demande à chaque seconde ce que ça ferait de poser mes lèvres sur les siennes.

Après le brevet, à la fin de la dernière épreuve, on pouvait aller voir sur le tableau d’affichage si on avait été accepté dans le lycée qu’on avait demandé. On était dans la même salle avec Alexandre mais je suis sortie avant lui et j’ai couru à la vie scolaire pour voir si j’avais été acceptée en Cinéma dans le lycée artistique que j’avais demandé. Il n’y avait que trente places, sur toute l’île et au fil de l’année, j’avais vu ma moyenne descendre de 17 à 14 et j’avais peur de ne pas avoir été prise au sérieux. Mais j’avais été acceptée. Alex et Le Rouquin sont arrivés en même temps. J’ai couru dans leur direction. Avec un grand sourire et une voix de surexcitée.

Moi: J’ai été prise, putain ! Je vais à Leconte !
Le Rouquin: Ca, c’est génial, je suis super content pour toi.
Moi: Merci. (Puis me tournant vers Alexandre) Tu dis rien, toi ?
Alex (sans sourire, en haussant les épaules): Pff… Tu seras même pas avec nous au lycée. Le lycée, quoi ! Tu vas tout manquer.
Moi (attendrie): Oww. Tu es vraiment trop gentil. Mais on continuera de se voir, t’inquiète. On habite pas si loin que ça l’un de l’autre, hein !

Mais j’avais tort. Il avait raison. J’ai tout manqué. Et on habitait pas loin l’un de l’autre mais on ne s’est plus beaucoup vus, en entrant au lycée.
La dernière fois qu’on s’est vus au collège, c’est quand on était venus voir les résultats du brevet. Mais on est restés devant l’entrée des heures durant sans entrer. Et on a parlé de notre avenir. Des conversations débiles sur ce qu’on rêvait être ou avoir dans le futur.

Alex: Moi j’aimerai être chorégraphe pour les stars.
Moi: Et moi, j’aimerai être écrivain.
Alex: Toi, tu vas réaliser tes rêves. Tu es super intelligente. Tu es capable de faire n’importe quoi.
Moi: Mouais. Tu t’imagines te marier avec Marie ?
(Oui, ils sortaient ENFIN ensemble à ce moment-là.)
Alex: Je sais pas. Mais j’aimerai bien me marier sur un bateau.
Moi: Tu m’inviteras ?
Alex: Bien sûr ! Toi, tu seras une invitée privilégiée.

On s’est revus au lycée quand je passais en coup de vent pour manger avec eux. Marie me détestait. Charmante histoire, que v’là.
Juliette, la soeur de Marie avait fait la même fillière artistique que moi: cinéma. On était dans la même classe. Un jour, elle m’a avoué qu’elle supportait de moins en moins Alexandre parce que ça n’allait pas avec Marie et qu’elle se rendait malade, que leurs parents se posaient pleins de questions et qu’ils s’inquiétaient pour elle. Elle m’a demandé de ne pas en parler à Alexandre mais c’était plus fort que moi. Surtout que le même jour, j’ai croisé Pauline (la fille dans le bus, en classe verte) qui m’avait raconté qu’Alex avait trompé Marie lors d’une soirée. En rentrant, j’ai envoyé un message à Alexandre:

Moi: Je viens de parler à Juliette qui m’a dit que ça allait pas avec Marie, qu’elle allait mal et que ses parents s’inquiétaient. Ensuite Pauline qui me dit que tu as plané (mot signifiant « tromper » quand on est déjà avec quelqu’un ou « flirter sans sérieux » quand on est célibataire) avec Jade à une soirée… A quoi tu joues ?

Il m’a appelée.

Alex: Marie est trop jalouse. C’est ça qui la rend malade. J’ai essayé de lui dire qu’il se passait rien mais elle me croyait pas, alors j’ai laissé couler, parce que ça me saoulait. Je te jure qu’il s’est rien passé avec Jade. C’est elle qui a raconté n’importe quoi. Si toi tu me crois pas, il me reste plus rien.
Moi: Mais je te crois, Alex.

Et c’était vrai. La voix d’Alexandre semblait désespérée. Même son pire ennemi aurait été troublé. Je n’étais pas son pire ennemi. Moi, il me touchait.

Alex: Je suis vraiment amoureux d’elle.
Moi: C’est bien, Alex mais essaie d’arranger les choses. Parce que d’après ce que Juliette me racontait, ça ne va pas du tout, de son côté. Au point que ses parents se posent des questions. Fais attention.
Alex: Je vais l’appeler pour qu’on puisse se voir. Merci. Vraiment, merci !

Alors après ça, Juliette et Marie ne m’ont plus beaucoup appréciée. Juliette parce que j’avais vendu la mèche alors qu’elle m’avait demandé de ne pas le faire et Marie parce que le lycée n’avait pas réussi à faire en sorte qu’Alex et moi ne soyons plus amis… Moi, je m’en fichais. J’avais toujours Alexandre. Et quand je venais dans leur lycée, il trouvait toujours quelques minutes à me consacrer, et je sentais le regard de Marie peser sur moi. Très lourd.
Alexandre et Marie se sont séparés lors de leur Terminale. Il ne supportait plus la jalousie maladive de Marie.

Moi: Alex ?
Alex: Oui… ?
Moi: Je viens de voir ton statut. Tu n’es plus avec Marie ?
Alex: Non, j’en avais marre. Elle veut pas grandir.
Moi: Oww. Je suis vraiment désolée…
Alex: T’inquiète.
Moi: Ok… Ca me fait bizarre. Je sais vraiment pas quoi te dire.
Alex: Moi non plus… Mais c’est elle qui l’a cherché. Ca va aller.

C’est moi qui ai pleuré. Allez savoir pourquoi.

Ca fait dix-sept ans qu’Alex et moi nous sommes rencontrés. Et il a fallu attendre seize ans pour que je tombe amoureuse. Si c’est pas la me**de, ça.
Alex m’a aimée, soutenue et protégée quand je n’étais qu’une enfant stupide qui adorait les devoirs et les leçons, quand j’étais une ado perdue et dépressive et aujourd’hui, je suis plus proche de la jeune fille avec de l’assurance, qui aime la vie et en profite.
Je veux qu’Alex me voie de cette façon. Et au fond, une infime partie de moi aimerait qu’Alex s’arrête là-dessus, que je l’impressionne à mon tour, qu’il y ait un « Boom », comme il appelle ça et qu’il réalise, lui aussi, qu’il a des sentiments qui dépassent l’amitié à mon encontre. Mais une autre partie de moi, bien plus grande et importante que l’autre me murmure à chaque seconde qu’il ne va rien se passer de tel. Que peu importe la tenue que je vais me décider à porter, peu importe ce que je lui dirai, peu importe si ça signifie que nos chemins devront se séparer pour de bon, je ne resterai à ses yeux que sa bonne et vieille amie et rien de plus.
Et peut-être que c’est l’histoire qui va me briser le coeur au point où j’arrêterai de croire stupidement en l’amour. Et ça sera peut-être une excellente chose, après tout.

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« Je rêve de toi la nuit, je pense à toi le jour »

J’ai encore rêvé d’Alexandre, hier. Je me suis dit que je devais donc venir en parler aujourd’hui. Il n’était pas aussi dur que celui de la dernière fois. Dans celui-ci, on était en décembre, et à la Réunion, ils s’étaient surpassés pour le marché de Noël. Des figurines lumineuses de partout: lutins, rennes, Père-Noël… Il y avait aussi des petits chalets dont le toit était recouvert de fausse neige dans lesquels les forrains vendaient leurs trucs. Laurence et moi, en short et débardeur, on était impressionnées. Ce jour-là, je devais retrouver Alexandre. Il avait promis qu’il serait là vers 17h. Alors j’ai traîné un peu avec Laurence jusqu’à attendre l’heure du rendez-vous. Après dix minutes, je me suis tournée vers ma cousine: « Il est tout le temps en retard, c’est normal qu’il soit pas encore là. ». Mais plus le temps passait et plus je me sentais mal. Finalement, je lui ai envoyé un message. Il a répondu qu’il savait qu’il était en retard, qu’il était désolé mais qu’il serait là avant 19h. J’ai donc discuté de lui avec Laurence. Je lui disais que j’allais parler à Alexandre de ses bagarres, que je pouvais l’aider à contrôler tout ça, qu’il le devait, que ça pouvait mal se finir. Pourtant, quand il est arrivé, j’ai tout oublié. Il était en haut d’une petite colline et il était aussi parfait que dans mes souvenirs, que sur les photos, que dans tous les films que je me faisais dans la tête. Il est descendu et je n’ai pas bougé. Il s’est alors assis à côté de moi sur le banc et dit en plaisantant: « C’est pas moi que tu attendais, au final, alors ? Je peux repartir. » et là, j’ai repris mes esprits et lui ai planté de gros bisous sur les joues.
Moi: T’as pas intérêt à partir. Je te suivrai et je te harcèlerai.
Il a ri.
Alex: Je vais rester un peu là. Je suis content de te voir, tu sais ? J’ai mis du temps, c’est vrai mais ça en valait la peine, tu trouves pas ?

A mon tour de rire.
On a alors commencé à parler de toutes les histoires que l’autre avait manqué. Surtout les histoires de coeur (enfin, « coeur » est un bien grand mot avec Alexandre). J’avais sa main dans la mienne et je jouais avec ses doigts. J’avais vraiment l’impression que le reste du monde n’existait plus. Il n’y avait que lui et moi sur un banc, à se raconter nos histoires. Mais il a bien fallu un retour à la réalité. A 23h, Laurence a reçu un appel de sa mère et on devait rentrer. Mon coeur a fait un bond à l’idée de dire « au revoir » à Alexandre. Si on avait mis deux ans et demi à se revoir, combien de temps ça allait prendre cette fois-ci ? Puis, je me suis souvenue que je ne lui avais pas parlé de sa violence. Il fallait que je le fasse. Mais tous ses amis étaient venus le retrouver et ils nous regardaient. Je ne pouvais pas lui en parler à ce moment-là.
Moi (désespérée): Alex, il faut que je te revoie au plus vite. Il y a quelque chose de super important dont je dois te parler. S’il te plaît.
Alex: La semaine prochaine. T’inquiète.
Je suis partie avec Laurence et je lui ai dit pourquoi j’étais si inquiète. Mon rêve s’est terminé là.

Hier, je discutais encore avec Muriel et je lui ai raconté la petite conversation en tre Romain et moi sur le fait qu’il pensait que j’étais amoureuse d’Alex malgré le déni.
Muriel: Quoi ?! Tu es encore amoureuse de lui ?
Moi: Non, pas du tout… Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’est Alexandre.

C’est Alexandre. Je pensais sincèrement que je serai capable de mener une vie géniale sans qu’il soit là, même à 0,02% mais au final, me demander si je veux vivre sans lui, c’est comme me demander si je veux continuer à respirer. Il y a une espèce de rite par le feu qui peut être fait pour se libérer d’une relation qui n’avance pas. Il faut imprimer tous les mails, les messages, les lettres et les jeter au feu. Il y a deux mois, j’étais prête à le faire. J’y croyais. Ca allait marcher, j’en étais sûre. Je me sentirai libre de mes sentiments envers Alexandre et je pourrai avancer plus sereinement dans la vie. Il y a eu un moment où j’avais décidé de ne plus parler avec Alexandre. Je pensais qu’il m’avait oubliée et ça m’avait brisé le coeur. Je n’arrivais plus à écrire. Dans les pires choses qui pouvaient m’arriver, ce désastre là arrivait largement dans le top 3. J’ai écrit un roman dans lequel je me suis grandement inspirée d’Alex pour faire le personnage principal. Autant Alexandre avait été celui qui m’avait fait écrire le plus, autant, du jour au lendemain, à cause de lui, je n’arrivais plus à aligner le moindre mot. Plus d’inspiration, plus l’envie… Du coup, je me suis mise à la peinture. Pendant deux semaines, j’ai peint des silouhettes sur les murs de ma chambre. Tout le monde trouvait ça super joli. Mais rares étaient les personnes qui savaient pourquoi, un beau jour, j’avais décidé de troquer mon ordinateur contre un pinceau, moi qui suis archi pas douée pour les travaux manuels. Finalement, Alexandre est revenu et j’ai recommencé à écrire.
Je n’ai jamais fait le rite du feu. Parce que j’ai peur de me réveiller un jour et de me rendre compte que mes sentiments n’étaient finalement pas réels. Ou pire: me rendre compte que ça n’a pas fonctionné. Que j’aurais supprimé toutes traces de conversations avec lui pour rien du tout. Je ne suis définitivement pas prête à faire ça. Je ne suis pas prête à supprimer Alex de ma vie, à jeter au feu dix-sept ans d’amitié. Je suis peut-être stupide, folle, naïve ou ce que vous voulez mais j’ai pas envie de changer ça pour l’instant. Tant pis pour moi.

Feudejoie

Situation: c’est compliqué !

Ca ne va pas fort, aujourd’hui. Tout ça, c’est à cause… de hier.

J’avais promis aux garçons que je passerai les voir dimanche. Samedi, ils étaient à un mariage. Ils m’avaient invitée mais j’ai décliné en disant que je ne me voyais pas débarquer dans leur famille en étant présentée comme… Comme… bah, leur pote, celle qui squatte leur appart’ cinq jours sur sept depuis presque un an, maintenant. Ma chère soeur, elle, y est allée. Elle a assisté au mariage, à l’arrivée de la mariée en hélicoptère, au banquet de luxe, aux feux d’artifice, aux ballons à l’hélium… Elle a rencontré la famille des garçons alors qu’elle ne les fréquente que depuis un mois alors que je connais Julien depuis quatre ans… Bref… 
J’ai envoyé un message à Julien pour lui dire que j’arrivais dans un quart d’heure quand il a répondu: « Sonne chez ta soeur, dans ce cas, on est chez elle. ». J’ai cru halluciner. Je n’avais plus envie d’y aller. Laurence était dans les environs, je lui ai envoyé un message pour lui dire que j’allais certainement passer dans la demi heure qui suivrait mon arrivée chez le nouveau couple. Je suis arrivée et ils étaient tous sur le balcon, attablés, prêts à manger (il était juste un peu 15h…). Loïc m’a proposé une clope que je n’aurais pas refusée même pour… pour beaucoup de choses et ensuite, ils ont commencé à me parler de leur mariage.
Loïc: Tu aurais dû venir hier soir, hein ! C’était génial !
Moi (tentant de ne pas paraître trop blasée): Ah. Ben tant mieux.
Ma soeur (je ne cite pas son prénom exprès depuis le début): Ouais. Avec Romain qui est arrivé en retard. Tout le monde est parti au lieu de réception après la messe, lui il est rentré chez lui.
Romain (qui me regarde): Je me suis perdu. C’était dans le trou du cul du monde son truc ! Je devais suivre mon père, à la base. Il me dit « Moi, je roule à 90, hein ! ». Ok. Donc sur l’autoroute, il roule à 90 et en plein centre ville aussi. Il faisait des queues de poissons, il mettait pas de clignotants… Comment tu veux que je suive ça ?!
J’ai ri.
Romain: Du coup j’arrive et je dis: « Hey ! Y avait un hélicoptère, non ? ».
Ma soeur: Et on était là: « Euh… Oui, oui, Romain, y avait un hélicoptère, il a déposé la mariée. ».
Là, je me suis forcée à rire. Ma soeur m’insupportait ! Et c’était d’autant plus désagréable que Loïc l’embrassait toutes les deux minutes. EURK !
Puis, je sais plus comment, ils en sont arrivés à parler des chaussures à 95€ que Loïc allait acheter à ma soeur.
Moi (avec un sérieux à peine masqué par un léger sourire): Ben putain, t’es un gros pigeon ! 
Il hausse les épaules.
Julien: Ouch ! Ca, c’était dur.
Ma soeur: Je lui ai dit de garder son argent pour lui.
Ce qui au fond d’elle-même, signifiait « Youhou, de nouvelles chaussures trop belles ! ». Je la connais. Elle a pardonné à son ex qui l’a trompée parce qu’il lui a offert des cadeaux. Des tas de cadeaux. Elle est matérialiste. C’est pour ça que je trouve sa relation fausse. C’est elle que je trouve fausse. Mais je continue mon histoire.
Loïc: Je me lève tous les matins pour gagner cet argent. J’en fais ce que je veux. C’est pour ma chérie.
Moi (pensant): Abattez-moi !

Plus tard, après le repas. 
Ma soeur: Je vais aller rendre sa voiture à ma mère. Je vous laisse un moment. Bibi et Loïc, vous gérez les autres dans l’appart. 
Moi: Je gère que dalle. Je vais voir Laurence dans un instant.
Julien: T’es pas sérieuse, meuf ! Tu viens d’arriver ! 
Moi (sur le ton de la plaisanterie): Et alors ? Je suis venue te voir, t’étais pas chez toi. Ben moi, je me casse.
Romain: Non, on va rentrer, là.
Moi: J’allais pas partir tout de suite mais je vais y aller tout à l’heure.
Du coup, peu après le départ de ma soeur, Romain, Julien et moi, on a foutu le camp aussi et on a laissé Loïc tout seul dans l’appart qui continuait de faire le pigeon à nettoyer l’appart de fond en comble. Arrivée chez Julien, j’ai voulu lui rendre son jeu de cartes quand je me suis rendue compte que j’avais oublié mon sac à l’appart’. Je suis allée le chercher avec la peur au ventre. Environ quinze mètres séparent le bâtiment des garçons de celui de ma soeur. Pendant le trajet, je me suis dit: « Mon dieu, première fois que je vais me retrouver seule avec Loïc depuis qu’il sort avec ma soeur. Qu’est-ce qui va être dit, là ? ». J’entre.
Moi: J’ai oublié mon sac.
Loïc (à qui j’ai rien demandé): Pour l’instant, ça se passe bien avec ta soeur. On s’est disputés que deux fois.
Moi (écarquillant les yeux): En une semaine ?!
J’ai voulu ravaler mes mots. Je voulais pas savoir… NON !!!!
Loïc: Elle a de la chance que je l’aime sinon, je l’aurais déjà bordée ( = quittée)
(Il l’aime ? En une semaine ? My god !)
Moi (honnête pour une fois): Waouh ! Euh…. Si tu pouvais juste faire en sorte que ça se passe pas trop mal après dans le groupe…
Loïc (secouant la tête): Ca se passera bien, t’inquiète. Mais bon, c’était pas de grosses disputes mais…
Moi: Des prises de tête.
Il hoche la tête.
Loïc: Une c’était à cause de ma voiture et l’autre…
Julien (à la fenêtre): Bibi ! Bibi ! (En vrai, il m’appelle par mon prénom mais je veux pas le donner non plus).
Loïc: Envoie-le se faire foutre. T’aurais vraiment dû venir hier soir.
Moi: Je vous l’ai déjà dit: C’est gentil de m’avoir invitée mais je me sentais pas y aller. Toi, tu as présentée « ma soeur » comme ta copine mais moi ?! « Euh… c’est la pote à Julien » ?
Loïc: Moi je t’aurais présentée comme la soeur de ma copine. 
Voilà à quoi j’en étais réduite: La soeur de sa copine. Sympa, franchement. Merci bien. J’avais juste l’impression que c’était moi l’intrus, à présent, dans le groupe.
Loïc: Ben oui, tu fais partie de la famille, maintenant. Va falloir t’y habituer.
Moi: Eh bien, c’est très gentil et ça me touche. Mais je suis encore un peu trop gênée avec tout ça, moi. Je vais rejoindre les garçons, maintenant. A tout à l’heure, alors.
Je suis partie et j’ai rejoint les garçons. Julien m’avait appelée parce qu’il pensait avoir oublié son briquet chez ma soeur. Pas du tout.

On a discuté avec Julien, il m’a fait deux tours de magie, j’étais bluffée. Il m’a dit que c’était que des maths, j’ai pas compris. Moi, je suis une littéraire haha. Romain, quant à lui, jouait à Diablo.
Moi: Sympa, Rominou ! Je viens te voir parce que c’est ton dernier jour avant que tu prennes le boulot et tu parles même pas avec moi !
Julien: Quoi ?! C’est seulement lui que t’es venue voir ?!
Moi: Toi, tu vas pas bosser, idiot ! Je continuerai de te voir.
Romain: Mais je t’écoute, je t’assure. J’entends toutes tes histoires. Tu veux jouer à Diablo ?
Moi: D’accord ! 
Romain: Vraiment ?
Moi: Ouais, je veux bien essayer.
Du coup, ils me tendent une manette et me créent un personnage. J’ai pris un sorcier (homme, oui, il était sexy).

sorcier

On joue.
Romain: Putain, ça va, t’apprend vite !
Moi: Ben je comprends surtout comment tu peux passer des heures sur ce truc. C’est addictif ! 
Romain: T’as vu ça ?
Moi: Yep ! Mais je préfère GTA.
Romain: Ben on va jouer à GTA, alors.
Il débranche toutes les manettes et me tend la sienne. 
Moi: Vous jouez pas avec moi ?!
Romain: Ben on peut jouer que tout seul à GTA.
Moi: Oh ! Mais c’est plus marrant de jouer tous ensemble. 
Romain: T’inquiète. Je suis sûr que ça va être marrant de te voir jouer à ça toute seule.
Ils ont fini le jeu il y a quelques temps et possèdent 30 millions donc je peux faire de la casse et tuner les voitures comme je veux, ils s’en foutent ! J’ai donc pris un 4×4 moche que j’ai customisé magnifiquement bien, que même Romain a dû avouer qu’il le trouvait beau. Sauf que j’ai pris un mauvais chemin, j’ai atterri sur la voie ferrée et essayant de reprendre ma route, un train ma percutée de plein fouet sans que je comprenne quoi que ce soit. Les garçons se sont foutus de moi pendant cinq bonnes minutes environ. J’ai volé une autre voiture après. Parce qu’une bonne femme avait failli m’écraser avec la sienne alors je l’ai menace et l’ai fait sortir de sa voiture.
Romain: Putain, tu dois être la seule personne dans le monde à respecter les feux rouges dans ce jeu ! Tu sais, tu as le droit de faire ce que tu veux !
Moi: Je sais mais les gens, là, ils ont rien demandé, j’ai pas envie de les tuer.
Plus tard.
Romain: Hey ! Tu veux pas pimenter un peu le jeu ?
Moi: Tu veux que je frappe les gars, là, c’est ça ?
Romain: Ouais, vas-y, ils ont l’air d’être méchants.
Du coup, je suis partie les tuer. La façon dont il le fait, c’est marrant, coup de pied dans la tête et tout. Mais ne reproduisez pas ceci chez vous, les enfants. 

Finalement, je suis restée chez eux jusqu’à 19h30. Romain et Julien allaient dîner chez le père de Romain. Dans l’escalier. 
Moi: Ben je te dis « au revoir », Romain.
Lui: Oui. On se reverra… dans la semaine.
Moi: Le soir ?
Romain: Plutôt dans l’aprèm. Je pense que je vais retourner chez mes parents pour pas avoir à déranger Ju tous les matins à 5h.
Moi: Ben on se tient au courant pour ton emploi du temps, alors.
Romain: Bien sûr. On va pas arrêter de se voir comme ça du jour au lendemain.
Moi: Ben oui. Je vais pas te lâcher comme ça, quand même. 
Romain: Ben oui, tu es ma raison de vivre ! 
Moi (levant les yeux au ciel): Je sais bien !
On rigole et je lui fais un bisou sur la joue. 

Du coup, ils partent et je me retrouve comme une conne dehors à attendre ma mère revenir. Je lève la tête et vois de la lumière chez Loïc. 
Moi: Hey ! Loïc !
Il passe la tête par la fenêtre.
Loïc: Ils sont déjà partis les autres ?
Moi: Yep. J’attends ma mère du coup. Elle doit ramener « ma soeur » dans un instant.
Loïc: Tu veux rentrer une minute pour les attendre ?
J’allais dire oui quand ma soeur a passé sa tête sur le balcon (cachée de Loïc) et dit:
_Maman est là !
Moi (à Loïc): Oh, ben du coup, notre mère est arrivée. Je vais pas te déranger, je vais la voir.
Loïc: Ca marche. A plus tard.

Dans la voiture, en rentrant, ma mère m’a avouée qu’elle ne sentait pas ma soeur sûre d’elle dans cette relation et qu’elle voyait que tout ça allait trop vite. Qu’il la fasse rentrer dans sa famille, qu’ils se disputent déjà, qu’elle lui donne la clé de chez elle… Plus tard, après lui avoir raconté que Loïc m’avait parlé de leur relation et que ça me gênait, elle a dit:
_Si je peux te donner un conseil, un seul, c’est de ne pas t’en mêler.
Moi: J’aimerai bien, maman. Mais Loïc était mon pote avec de sortir avec « ma soeur ». Il me racontait ses histoires. Aujourd’hui, je vais pas le jeter en disant « Ah ! Non ! Garde tes histoires pour toi, je ne veux pas savoiiiiiir ! ».
Elle a fait une grimace et j’ai eu l’impression que pour la première fois, quelqu’un comprenait juste un petit peu ce que je pouvais ressentir, moi, dans cette histoire.

Ce qui nous amène à aujourd’hui. Ma mère m’a demandé si j’étais sûre de ne pas vouloir retourner en Métropole. Je lui ai dit que j’y réfléchirai mais je crois que c’est fait. Je pense y retourner. 
Je déteste la nouvelle situation. Je déteste aller à la résidence et voir ma soeur avec Loïc, ils ne vont pas du tout ensemble, je trouve. Je déteste ne plus être la seule fille de la bande. Je déteste ce que je ressens parce que je sais que ça fait la pathétique petite jalouse ! Je déteste les sentiments que je développe pour Romain et je détesterai savoir que moi, de mon côté, je ne l’intéresse pas du tout. Je déteste penser que j’envisage de partir dans six mois alors que Romain m’avait proposée de venir vivre près de chez eux, dans l’ouest, près des plages, une fois que j’aurais trouvé un boulot. Je déteste imaginer une semaine où je ne les verrai pas du tout. Je déteste les images que j’ai dans la tête où je suis en train de leur dire que je compte partir, puis leur dire « au revoir ». Je déteste le fait que, peut-être, finalement, Romain ne m’apprendra jamais à conduire. Je déteste le fait que je ne rencontrerai jamais leur famille. Je déteste le fait de ne pas trouver de boulot sur mon île comme si elle ne voulait pas de moi ici. Je déteste ces moments dans ma vie où je me sens faible, si faible que je pleure en écrivant un article. Je déteste ne pas pouvoir dire tout ça à qui que ce soit. Je déteste ne pas savoir si je prends les bonnes décisions ou pas. Je déteste toutes les fois où mon fucking coeur se brise. Je déteste tout ça et plus encore.

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