Qu’est-ce que je peux dire, hein ?

Aujourd’hui était une journée riche en émotions.

Le vendredi après-midi, je suis bénévole VMEH dans une maison de retraite. Et aujourd’hui, pour la première fois, je faisais les visites toute seule puisque la personne avec qui je les fais d’habitude est en voyage. Souvent, je dirige l’atelier de chants. Je me trouvais bien dans ce rôle. J’apprenais de très vieilles chansons, les résidents me faisaient mourir de rire avec leurs petits commentaires et je me disais qu’au moins, je ne me retrouvais pas dans une conversation remplie de blancs tant je ne saurais pas quoi dire. Mais aujourd’hui, il n’y avait que moi et pas d’atelier de chants alors j’ai fait un tour dans les couloirs et j’ai croisé des résidents avec qui je suis restée entre 20 et 30 minutes à discuter avec chacun.

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Il faut savoir que lors de mon arrivée, les gens étaient surpris de voir une personne aussi jeune que moi faire ça. J’avais deviné, au début, qu’ils pensaient tous que je ne reviendrai pas une seconde fois. Et pourtant, ça doit faire deux mois, maintenant, que je fais ça et j’adore les moments que je passe là-bas.

J’ai croisé une première résidente. A chaque fois que je la vois, elle est assise dans un fauteuil, face à l’escalier et elle ne bouge quasiment jamais. Je lui ai dit que l’activité d’aujourd’hui consistait à faire des colliers, si elle n’avait pas envie d’y aller, elle m’a répondu que non, qu’elle préférait réfléchir. Et puis, allez savoir comment, on en est venus à parler d’enfants. Elle m’a dit que son fils avait pris possession de tous ses biens avant de la mettre dans cet endroit. Ca m’a fait mal au coeur. Elle a fini par me dire de ne jamais faire quelque chose comme ça à ma maman. Je lui ai assuré que ça n’arriverai pas. Ensuite elle a dit: « Alors je reste là et je réfléchis à tout ça. ». On a continué à parler encore un peu puis j’ai dit que j’allais continuer à faire un tour et que je reviendrai voir si elle est toujours là plus tard.

J’avais à peine fait dix mètres que j’ai vu une autre résidente. Elle porte constamment un chapeau et on m’a dit qu’elle était institutrice avant. Ce que j’ignorais, c’est qu’elle avait de gros problèmes de mémoire. Je suis restée plus d’une demi heure avec elle et pendant tout ce temps, elle a dû me demander sept ou huit fois mon prénom, pensant que j’étais une de ses anciennes élèves, me demandant comment allaient mes parents depuis, de les embrasser de sa part, qu’elle pensait toujours à eux dans ses prières. Et puis elle me serrait contre elle et me plantait de gros baisers sur les joues. J’ai eu les larmes aux yeux. Ca m’a vraiment fait mal au coeur.

J’ai réussi à lui dire au revoir et suis allée à la cafétéria où j’ai dit bonjour à tous ceux qui étaient présents. J’étais ravie de constater que plusieurs d’entre eux se souvenaient de moi et étaient contents de me voir. Ca parait bête mais c’était important pour moi. Les relations entre les personnes âgées et les nouvelles générations ne sont pas toujours idylliques.

Finalement, j’ai raccompagné à sa chambre une résidente que j’aime beaucoup, avec qui c’est très facile de discuter et avec qui je fais souvent la liste de nos points en communs comme on est toutes les deux capricornes.

Cependant, dans le couloir qui menait à sa chambre, une autre résidente est arrivée. A 73 ans, elle passe ses journées à descendre dans le jardin pour fumer. Elle est marrante, toujours de bonne humeur. Je lui demandais si elle aimait la maison de retraite et m’a répondu que c’était couci-couça mais qu’elle avait légué sa maison à sa fille pour lui rendre la vie plus facile et qu’elle était venue ici. Qu’elle faisait avec. Que certains jours étaient mieux que d’autres. Un infirmier est arrivé. Il s’est arrêté et a discuté quelques minutes avec nous, jusqu’à ce qu’elle décide de partir fumer. Il est resté à me parler, voulant savoir quand est-ce que je venais ici, ce que je faisais dans la vie, bla-bla-bla.

J’ai fini par rentrer dans la chambre de la résidente que j’avais raccompagnée et j’ai discuté avec elle jusqu’à 16H. Il était l’heure pour moi de partir. Dans le fauteuil en face de l’escalier, il y avait une autre résidente. Je l’ai saluée.

Madame M.: Je t’ai déjà vu quelque part.
Moi (me rapprochant): Oui, ici même. Je viens tous les vendredis. Parfois je chante avec les résidents. Ca vous dit quelque chose ?
Madame M.: Oui ! Oui, maintenant je me rappelle.
Moi (le sourire me fendant le visage): Qu’est-ce que vous faites ici ? Vous n’êtes pas à la cafétéria ? Qu’est-ce que vous faites, généralement ?
Madame M: Oh eh bien avant je jouais aux dominos mais maintenant, je n’aime plus. Je préfère jouer aux petits chevaux. Mais je n’ai personne avec qui jouer. Soeur C. -tu vois qui c’est, Soeur C. ?-, elle ne peut jouer avec moi que le mardi.
Moi: Je crois que je n’ai plus joué aux petits chevaux depuis mes six ans. J’espère qu’un jour, je pourrai faire une partie avec vous. Vendredi, peut-être ?
Madame M. (qui à son tour affichait le plus grand sourire de la terre): Je t’attendrai, alors. Je t’attendrai vendredi.

Je l’ai embrassée et suis partie après lui avoir souhaité un bon week-end.

C’est triste à dire mais j’ai l’impression d’avoir plus d’affection pour chacune de ses femmes que pour ma propre grand-mère paternelle. Elle est raciste, n’a jamais pu m’appeler par mon prénom et accepte tout ce que mon père fait, même contre ses enfants. En revanche, ma grand-mère maternelle me manque tellement. J’avais treize ans quand elle est morte. Je regrette de ne pas avoir plus de souvenirs avec elle. C’était elle qui m’avait appris à jouer aux dominos, à compter. Je suis hyper forte à ce jeu… Dommage que personne n’ait encore envie d’y jouer avec la technologie…

Ca me fait penser à la chanson de Tryo – Les anciens. J’ai trouvé cette chanson magnifique dès la première écoute.

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Quant à ma mère, elle m’a reprochée de ne plus rien lui raconter. De ne plus lui dire où je sortais. Si elle était un peu attentive à ce que je disais parfois, elle saurait que tous les vendredis, je suis au même endroit. Pas la peine d’aller appeler la famille pour savoir où je suis. Ca m’a passablement énervée qu’elle ait fait ça. On est en plein jour, j’ai 21 ans, j’ai pas spécialement de compte à lui rendre. Je manque jamais de la prévenir si je sors le soir et si je prévois de rentrer ou pas. Je pense que la journée, on peut me laisser tranquille, quand même.
La seule fois où je ne lui ai pas dit où j’allais, c’était hier. Parce que je voyais le Sexy Boy.  Et c’est la seule chose qu’elle a envie de savoir, je le sais. Comment va notre relation. Lorsqu’elle m’a dit qu’elle était d’accord pour ne pas se mêler de ma vie privée, elle n’était qu’à moitié sincère. Je suis désolée mais franchement, y a peu de chances que je lui raconte quoi que ce soit sur le Sexy Boy. Elle devra faire avec, elle aussi.

J’étais hyper triste, tout à l’heure, quand Laurence m’a appris qu’elle s’était faite larguer mercredi. Et moi, hier, je lui racontais mes conversations avec le Sexy Boy. J’étais vraiment triste et désolée pour elle.

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Sérieux, qui a encore envie de croire en l’amour ?

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