Bac Cinéma Audio-Visuel et disparition mysthérieuse

Quand on était en 3è, il fallait choisir son lycée, au bout d’un moment. La plupart d’entre nous savaient depuis leur naissance qu’ils iraient à Bellepierre, le lycée de secteur. D’autres optaient pour un lycée professionnel et enfin, il y avait Marjo, Juliette et moi, qui avons choisi Leconte De Lisle, le lycée artistique. On avait le choix entre cinéma, musique, arts appliqués et histoire de l’art. Le cinéma me plaisait vraiment alors j’ai fait une demande. Il n’y avait que trente places sur toute l’Ile, j’étais paniquée à l’idée de ne pas être prise mais j’ai eu ma place. Juliette est venue avec moi et Marjo a fait musique.

En Seconde, c’est totale découverte. On avait deux professeurs. Celui de cinéma, également notre professeur de français (et accessoirement professeur de je-sais-plus-quoi pour les Prépa), qui nous faisait regarder des films avant de passer du temps à les analyser. Il était trop beau. Grand, brun aux yeux bleus, musclé. Il devait avoir 36 ou 37 ans. Il savait que les trois quart des filles se pâmaient d’admiration devant lui et il passait son temps à nous taquiner. Il était cultivé, gentil, patient. C’est probablement l’un de meilleurs professeurs qu’on a eu. En français, il nous demandait toujours ce qu’on voulait étudier comme texte et il essayait toujours de trouver quelque chose pour l’adapter au programme. La classe était toujours intéressée et on participait vraiment beaucoup. En cinéma, on devait être… 18, je crois, je ne me souviens plus. J’ai aucun souvenir du premier film qu’on a regardé. Bref, il nous a quand même passé des navets, des films incompréhensibles, des chefs d’œuvre, et une fois l’an, quand on approchait des vacances et qu’on s’endormait à moitié sur nos tables, il nous passait un truc que la majorité avait envie de regarder et on en discutait ensuite, avant de prendre des notes, en sachant qu’on ne serait jamais interrogés dessus.

Les cours d’audio-visuel étaient donnés par un professeur un peu loufoque qui adorait son travail. Mais en Seconde, j’ai détesté le travail qu’il nous avait donné à faire. De la photographie, principalement. Analyser une photographie, ça c’était à ma portée. Mais faire des photos, ça me hantait pendant un mois et je m’y prenais toujours au dernier moment. J’étais pas très douée. J’avais des 13 ou des 14 quand d’autres se tapaient des 17 ou des 18. On a tourné un court-métrage à la fin de l’année. Trois groupes de 6. Je ne me souviens plus trop des scénarios et je n’ai jamais récupéré les films.

En 1ère, l’effectif de la classe a diminué. Parce qu’on ne pouvait poursuivre l’option que si on choisissait la section Littéraire. Et plusieurs sont allés en S. Du coup, en 1ère, on était 12 parce trois élèves de la section musique (dont Cécile et Marjo) étaient venus en cinéma. En cinéma, on a commencé à avoir un travail plus approfondi sur l’analyse des films, on avait plus de vocabulaires, on défendait nos idées, c’était les cours que je préférais. En Audio-visuel, on a fait beaucoup moins de photographie, dieu merci, et on avait sérieusement commencé s’intéresser à ce qu’il fallait faire pour le Bac.

En fait, le Bac de Cinéma était divisé en deux parties. La partie cinéma avec une séquence de film à analyser à l’oral devant deux examinateurs et la partie audio-visuel, divisée encore en deux parties. Partie orale à parler du court-métrage réalisé durant l’année de Terminale devant des examinateurs et la partie écrite où on devrait choisir entre écrire un scénario en suivant un sujet imposé ou faire le découpage d’une séquence, qui consiste à dire (si on était réalisateur) quels plans on aurait utilisé pour telle ou telle scène.

cinema-audiovisuel

Ecrire les scénarios. Ca, ça m’avait fait décoller. Après tout, c’était pour ça que j’étais venue dans la section, je pense. Pour apprendre une nouvelle façon d’écrire et mettre des idées en images. Au bout d’un moment, notre professeur nous a demandé de nous mettre en groupe et d’écrire un scénario amusant et rapide qui se déroulait dans le lycée. Et puis, surprise, surprise, on devait le tourner. On était tous surexcités à ce moment-là. Et on avait très peu de temps pour se préparer. On avait une date et quatre heures pour chaque groupe pour tourner toutes les scènes. Le groupe de Marjo avait besoin d’une actrice en robe. J’étais là. J’ai accepté de jouer et j’ai bluffé tout le monde. C’était l’histoire con d’un mec qui parle avec une fille du lycée sur internet et qui doit la rencontrer pour de vrai. Elle lui dit qu’elle a une robe. Et cet abruti m’a vue, moi, en robe et croit qu’il s’agit de la fille avec qui il a discuté donc il s’asseoit à côté et me drague carrément et moi je comprends rien du tout et il finit par partir en m’embrassant à moitié et plus tard, je retrouve ma meilleure copine, en robe, qui n’est autre que la véritable fille du rendez-vous. Je lui raconte qu’un mec trop bizarre est venu me voir pendant qu’elle m’avoue que son rendez-vous n’est jamais venu et on s’en va chercher du chocolat pour lui remonter le moral sans savoir que les mecs dont on parlait étaient… la même personne.

old film projector and movie objects

J’ai été élue meilleure actrice de la classe, après ça. Et leur film a été le meilleur grâce à moi, on va dire parce qu’apparemment, j’étais vraiment trop drôle. Le professeur m’avait félicité maintes et maintes fois et on a repassé ce film des tas de fois aussi.

En Terminale, il fallait donc tourner un film pour le Bac. On a passé des mois sur le scénario, on a changé des milliers de détails. Le scénario avait été apprécié par les assistants que le prof avait ramené et par le prof lui-même parce que l’histoire était très d’actualité à la Réunion. Un pique-nique en famille et une jeune fille de dix-sept ans qui ramène son copain avec qui elle est depuis un certain temps et qui est très proche de sa belle-famille. Sauf qu’une dispute éclate et la jeune fille avoue qu’elle est enceinte. S’en suit donc les réactions de chaque membre de la famille. On n’avait aucune idée de qui prendre pour les acteurs surtout que notre liste était longue de figurants. J’avais demandé à Alexandre de jouer pour moi. Il avait accepté, carrément paniqué et puis il m’a lâché, comme d’hab, cet enfoiré. Et on avait besoin d’une actrice qui saurait pleurer. A l’approche des dates de tournage, le prof est venu me voir.

Prof : Pourquoi tu ne jouerais pas, toi ? Tu es douée. Et puis c’est ton film, ça te donnera la motivation nécessaire !
Moi (qui n’avais absolument aucune envie de jouer) : Mais, je serais dans presque toutes les scènes, je toucherai jamais la caméra !
Prof : Mais moi je sais que tu y as déjà touché. Réfléchis-y, c’est ta décision, mais tu verras que c’est la meilleure.

Je me suis donc retrouvée à jouer le personnage que j’avais créé. On avait tourné sur une petite plage plus ou moins déserte et on avait trouvé des tas de figurants… dans ma famille. Mes deux sœurs, leur enfant à chacune, Laurence et Lisa, leur mère, la mère de Gwen (une fille de mon groupe), son beau-père, un de mes oncles… On avait la plus grosse équipe de tournage. Celui qui jouait le petit ami du personnage principal était un camarade de classe en arts appliqués. Un garçon très gentil mais qui ne me plaisait absolument pas. Et à l’époque, encore plus qu’aujourd’hui, je détestais à en vomir qu’un mec me touche sans arrêt, me fasse des câlins et tout ça et tout ça. Surtout si je ne lui avais rien demandé. Je devais faire facile 8 kilos de plus qu’aujourd’hui, j’étais très mal à l’aise dans mon corps et je me devais de jouer en maillot devant une caméra. Pour moi, c’était de la torture. Et ça a vraiment été difficile. Puisqu’il avait des gestes attendrissants, que je me reposais sur lui… J’ai vraiment détesté Alexandre de m’avoir abandonné pour ça parce que je n’étais pas amoureuse de lui à ce moment-là et que c’était le garçon avec lequel je me sentais le plus à l’aise, j’avais confiance en lui. Tant pis.

Le deuxième jour de tournage, je suis devenue folle. J’avais le cœur qui battait beaucoup trop vite, j’avais peur de faire une crise d’angoisse, je tremblais et j’étais au bord des larmes. Au bout d’un moment, j’ai demandé à Gwen de m’accompagner faire un tour pendant qu’on changeait la cassette de la caméra et j’ai éclaté en sanglots devant elle.

Moi : Il arrête pas de dire : « C’est parfait. On recommence ! ». Si c’est parfait, pourquoi on recommence ??!!

Je savais très bien pourquoi on recommençait. C’était pour avoir le choix au montage. Gwen a essayé de me ré-expliquer ça et elle a essayé de me rassurer en disant que c’était bientôt fini, qu’on en rirait bientôt, qu’elle savait à quel point ça pouvait être dur pour moi mais que j’étais Super Bibi très courageuse. Gwen a toujours été la meilleure pour me rassurer. Au final, l’état dans lequel je m’étais mise n’a fait qu’améliorer le personnage désespéré que je devais prétendre être et qu’au fond de moi, j’étais vraiment.

A la présentation du film, au Bac, j’ai de nouveau été félicitée et on a eu 16 ou 17, je sais plus. C’était l’un des plus grands accomplissements de ma vie. J’étais hyper fière de moi. Aujourd’hui encore, je suis incapable de regarder le film. Je ne l’ai jamais vu en entier. J’ai pourtant participé au montage mais une fois fini, je ne l’ai pas visionné, je suis partie.

A l’écrit, j’ai eu 16 ou 17 encore, je sais plus du tout. Il fallait écrire un scénario avec comme thème imposé : « Dehors ». J’ai écrit l’histoire d’une prise d’otage dans un supermarché avec le point de vue des gens à l’extérieur dont les parents d’un couple d’ado retenus à l’intérieur. Une histoire à la Roméo et Juliette. J’ai pas cessé de penser à ça le mois dernier après la prise d’otage qui avait suivi l’attentat.

Bah, c’était un long article. Mais j’en viens à me dire que l’univers du cinéma me manque, quand même. Et que c’est en tournant dans mon propre film que je me suis dit que le métier d’acteur était loin d’être facile, qu’il fallait vraiment pousser et voire même repousser ses émotions au maximum, ce qui pouvait faire perdre la tête.

C’était des années très instructives, j’ai adoré !

mysthère

Mon dieu, trop bizarre. J’allais faire un truc dans la cuisine mais en entrant dans la cuisine, je vois ma mère se tenir debout, dans le jardin, la tête levée vers le ciel. Comme il commençait à pleuvoir, je me suis dit qu’elle devait regarder les nuages et je lui ai dit ce que j’avais à dire. Donc on discute une ou deux minutes puis elle rentre et prend les escaliers. Elle finit par redescendre et revient me voir.

Mamounette : Tu veux bien venir dehors et me dire si tu ne trouves pas que quelque chose est bizarre ?
Moi (qui trouvais que pour l’instant, c’était ma mère qui était bizarre) : C’est pas pour me faire peur, hein ?
Mamounette : Non, t’inquiète ! Enfin, c’est si tu veux, t’es pas obligée.

Du coup, je dépose ce que je faisais et la suit à l’extérieur et je scrute le ciel, comme elle.

Mamounette : Tu trouves pas qu’il manque quelque chose dans le paysage ?

Là, ça a fait tilt. J’ai pris moins de cinq secondes pour voir ce qui allait pas.

Moi (fronçant les sourcils) : Y a pas d’oiseaux.
Mamounette : Oh ! Tu as remarqué ! Je suis pas folle. Y a pas d’oiseaux, dans le ciel…

Et du coup, ben ça a réussi à me faire peur, quand même. Parce que je me demande où sont passés les oiseaux qui paillaient toujours dans les grands arbres de mon jardin ! Je trouve ça vraiment inquiétant.

2 Réponses à “Bac Cinéma Audio-Visuel et disparition mysthérieuse”

  1. 010446g dit :

    Comme quoi tu es préparée…

    « Je trouve ça vraiment inquiétant »
    Et clac! une autre piste!

    FONCE!!!

    Accepte de croire en toi: tes profs avaient confiance.

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Chantons pour Mélusine

  2. 010446g dit :

    C’est le Piton de la Fournaise
    Qui tout à coup s’est réveillé
    Les oiseaux ne sont pas à l’aise
    Cherchent abris pour se cacher
    Dans le ciel montent des fumées
    La lave coule sur le sol
    Tiens-toi de lui bien éloignée
    Et comme eux prends ton envol.

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Chantons pour Mélusine

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