La période noire de Bibi Moulin

J’ai dû écrire pas moins de trois articles que je n’ai finalement pas postés. En ce moment, je n’écris pas. Je relis ce que j’ai écrit mais c’est tout. Je discute beaucoup avec Laurence mais c’est tout, c’est la seule.

Aujourd’hui, j’ai passé ma journée sans téléphone et internet. Juste ma mamounette et moi à faire les boutiques. D’ailleurs ma mamounette m’a offert un super beau slim et une robe de soirée absolument magnifique !!!!! Puis on a visité sa sœur, ma tatie préférée, chez qui je passe les trois quart des vacances avec Laurence et enfin, on est rentrées vers 19H. Et même si la première chose que j’ai fait c’est prendre mon téléphone pour voir ce que j’avais manqué (message de Laurence, un autre de ma sœur) et après avoir répondu, j’ai bloqué Alexandre et Cécile. Tous les deux ne peuvent plus rencontrer en contact avec moi. Je m’explique.

L’année dernière, j’ai lu un article sur une petite fille de douze ans qui était morte. Et ses parents avaient retrouvé dans ses affaires une lettre qu’elle s’était écrite à elle-même pour ses vingt-deux ans. J’ai décidé de m’écrire une lettre à moi-même à mon tour. Mais pas pour les dix ans à venir. Juste pour l’année suivante. Une lettre de Bibi de vingt ans pour la Bibi de vingt-et-un ans. Je l’avais complètement oubliée et j’avais surtout oubliée ce que j’y avais écrit.

Vous avez déjà eu une conversation avec vous-même dans le passé ? C’était étrange, drôle, encourageant. J’étais en pleine dépression quand j’ai écrit ma lettre. Ma mère avait un cancer et c’était la guerre entre nous (Parce que si aujourd’hui ma mère et moi sommes très complices, ça n’est ainsi que depuis moins d’un an. On n’a jamais vraiment été sur la même longueur d’onde et j’ai été une adolescente très difficile à gérer), mon père était revenu sur l’Ile peu après moi pour des vacances et m’avait descendue auprès de toute ma famille, j’étais désespérée d’avoir dû revenir… Rien n’allait.

Voici les gros points de ma lettre :

_A vingt ans, le moins que l’on puisse dire c’est que tu n’as pas la grande forme. […] Alors je t’écris cette lettre pour que tu te bouges les fesses et que tu reprennes ta vie en mains.

_Es-tu toujours célibataire ? Penses-tu toujours que Stan est le bon ? Quoi qu’il en soit, si tu es en couple, je suis persuadée qu’il doit avoir quelque chose de spécial. Tu ne sortirais pas avec n’importe qui.

_Emilie ? Ses jumeaux ? Deux filles ? Deux garçons ? Un de chaque ?

_Maman ? Va-t-elle mieux ? T’entends-tu mieux avec elle ? Ou est-ce toujours trop compliqué ?

_As-tu revu Alexandre depuis le temps qu’il te le promet ? Est-ce que vous vous parlez toujours ou est-ce que tu as décidé de finalement abandonner ? Quelle que soit ta décision, je suis sûre qu’il s’agit de la bonne le concernant.

_Continues-tu d’écrire ? Je t’interdis d’arrêter !!!

 

Je me souvenais avoir cité le nom de Stan. J’avais oublié tout le reste. Je n’étais plus en dépression. En juin 2014, je me suis réveillée un matin et je n’ai plus voulu sortir de ma chambre. Enfin, de mon lit, plutôt. Ma mère est venue me voir en pleurant et elle m’a supplié de faire quelque chose. Je suis allée voir mon premier psychiatre à l’hôpital et je lui ai demandé un séjour en psychiatrie comme je l’avais fait deux ans plus tôt. J’ai raconté comme j’avais peur d’être bipolaire parce que je passais sans cesse par des phases de joie à d’autres où je touchais le fond. Et puis j’ai aussi avoué que je prenais beaucoup de somnifères pour dormir toute la journée et que je mélangeais des anxiolytiques à de l’alcool, que je fumais des joints de temps en temps. Il m’a donné une ordonnance pour passer un scanner cérébral et m’a expliqué qu’il n’était plus dans la capacité de me suivre et qu’il fallait que je trouve un autre psychiatre. En sortant de l’hôpital, ce jour-là, je me suis assise sur un banc et j’ai pleuré pendant au moins un quart d’heure avant d’appeler Laurence. Elle m’a dit de passer chez elle et qu’on en discuterait. Sa mère m’a surpris en train de pleurer et elle a essayé de me conseiller au mieux. Le scanner n’a rien révélé et j’ai arrêté de me plonger dans les extrêmes et j’ai vu un nouveau psychiatre. Un homme froid et peu sympathique. Mais le seul et l’unique adulte à qui j’ai réussi à exposer tout ce qui trottait dans ma tête. Je n’étais pas bipolaire. J’avais des « troubles de l’humeur à cycles rapides », qu’il appelait ça. Je ne suis pas retournée en psychiatrie, je n’ai plus pris un seul médicament avec lui, j’ai mis le point sur les choses qui m’empêchaient de vivre depuis mes seize ans et depuis, tout va mieux. Dont ma relation avec ma mère. J’ai arrêté de le voir après deux mois de consultation.

Emilie et ses bébés vont bien, j’écris toujours, bien sûr,  je m’entends donc bien mieux avec ma mère et Alexandre…

Non, je ne l’avais pas revu depuis le temps qu’il le promettait. Et non, on ne se parlait plus. Alors après avoir lu la lettre, la première chose que j’ai faite c’est le supprimer de ma liste d’amis sur Facebook.

Mais hier, j’ai parlé avec Muriel. Et j’en suis venue à la conclusion qu’Alexandre ne m’avait pas seulement brisé le cœur. Il l’avait complètement déréglé. Moi qui aimais tout le monde et m’attachais très vite, j’ai, au contraire, l’impression de me désintéresser et de ne plus m’attacher aux nouvelles personnes que je rencontre. MAIS ! au fond, tout au fond, j’attendais encore Alexandre. J’attendais un message. Alors voilà pourquoi j’ai décidé de le bloquer. Il ne peut plus envoyer de messages et moi je n’attends plus dans le vide.

Quant à Cécile, elle subit juste ce qu’Alexandre a fait. J’attendais juste le moment où je ne m’inquièterais plus pour Cécile, où ce qu’elle ferait de sa vie ne me toucherait plus du tout. C’est arrivé le jour où je me suis rendue compte que personne ne pourrait me faire autant de mal qu’Alexandre. Et puis toute cette histoire avec la drogue…

Pour ceux qui auront lu jusqu’ici, oui, moi aussi j’ai fait des choses dont je ne suis pas très fière. J’ai un passé pas très glorieux et tout ça, et tout ça mais lorsqu’on m’a tendu la main pour m’aider à me relever, je l’ai saisie et j’ai décidé de m’en sortir. Cécile, elle, refuse les dizaines de mains qu’on lui tend et a décidé de rester au sol, quoi qu’il arrive. Comme je l’ai dit à ma mère : « Au bout d’un moment, on choisit la vie qu’on veut mener. ».

Il y a encore un an, j’aurais eu honte de raconter tout ça. Mais j’ai grandi et je ne pourrais jamais changer le passé. Dieu merci, d’ailleurs. Parce que si je n’avais pas connu les périodes où tout me semblait noir, je ne pourrais, aujourd’hui, pas apprécier la vie comme je le fais aujourd’hui. J’ai des coups de blues, parfois, comme tout le monde. Mais je me contente de la moindre petite trace de bonheur, parce qu’il se trouve dans les détails et que j’ai appris à les détecter. Chaque jour est précieux. Et je n’ai jamais, jamais ! eu autant envie de vivre !

Alors merci au rouquin, merci à celui dont je ne prononce jamais le nom, merci à Alexandre et merci à Cécile. Parce que je vais merveilleusement bien, aujourd’hui. Et que, malgré tout, ce n’est peut-être pas « à cause » mais « grâce » à eux.

« J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. » – Voltaire.

keep calm

2 Réponses à “La période noire de Bibi Moulin”

  1. 010446g dit :

     » je me contente de la moindre petite trace de bonheur, parce qu’il se trouve dans les détails et que j’ai appris à les détecter. Chaque jour est précieux. Et je n’ai jamais, jamais ! eu autant envie de vivre ! »

    Et voilà! tu as passé le difficile temps des bêtises de l’adolescence _ indispensable _ et tu entres dans un temps plus stable.
    Tu pourras maintenant construire lucidement et ouvrir la voie du bonheur, celui qui n’est pas explosion, mais bien-être profond
    et j’en suis ravi.

    Regarde à l’horizon: un nouveau jour se lève
    Accueille-le sans crainte il comblera tes rêves.

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Il est coupable: il a pissé!

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