Désolation

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J’ai éclaté en sanglots, hier, en regardant les images de la prise d’otage. J’avais l’impression que le monde tel que je l’avais toujours connu, le monde dans lequel j’étais née venait de disparaître. Dans ma tête, c’était un peu comme si la Terre s’était arrêtée de tourner. J’étais assise dans mon canapé, devant la télé, mon smartphone dans les mains à suivre les actualités sur les réseaux sociaux et j’étais en train de me demander s’il y avait réellement des gens à l’extérieur qui faisaient des choses normales comme travailler, faire leurs courses, rire et s’amuser. Ca me semblait presque impossible alors que moi, devant mes deux écrans, je retenais mon souffle en me disant que tout ceci serait peut-être dans les livres d’Histoire dans quelques années. Etions-nous réellement en train d’entrer en guerre ? A quoi l’avenir allait-il bien pouvoir ressembler ? Quelle serait ma place, dans ce triste contexte ?

Avec ça, pour la première fois, Laurence était la dernière personne avec qui j’avais envie de parler et pourtant, elle ne m’a pas lâché de la journée. Les propos qu’elle a tenu m’ont pour le moins écoeurée. Au début, elle a commencé à me dire que pour elle, la liberté d’expression avait des limites. J’ai vivement répliqué : NON ! Elle n’en a pas. Ou que très peu. Le droit à l’image et à la vie privée. C’EST TOUT !! Et ensuite, elle a continué à me dire que si, Charlie Hebdo avait dépassé les limites et que les journalistes l’avaient bien cherché, de toute façon, sans pour autant qu’elle soutienne les extrémistes. Pour tous ceux qui savent à quel point je suis proche de Laurence, j’ai eu le sentiment qu’à ce moment-là, un énorme fossé nous séparait et qu’on ne se comprenait plus l’une l’autre, alors qu’on avait l’habitude de penser toujours pareil. Qu’est-ce qui avait bien pu se passer ?

J’étais tellement dépassée par ce qu’elle disait, par la cruauté de ses réflexions, de lire que ça ne lui faisait ni chaud ni froid qu’ils soient morts que j’ai cessé de lui répondre au bout d’un moment, renonçant à lui faire entendre mon point de vue. Alors je suis allée voir ma mère et on a regardé les infos. Je n’ai dit à personne à quel point j’étais touchée mais étant donné que je suis en larmes à écrire cet article, je me rends donc bien compte que ça m’affecte plus qu’à d’autres. Est-ce que je suis hypersensible où est-ce que c’est normal de ne pas vouloir vivre des choses pareilles ? Qu’est-ce qui rend les gens aussi haineux ? Est-ce que c’est la perte d’espoir en tout qui fait qu’on en veuille, un jour, à la terre entière ?

Hier soir, on est sortis faire un bowling avec ma sœur, Loïc et ma cousine Fanny. On m’a demandé pourquoi je n’avais pas proposé à Laurence de venir. Je n’ai rien dit. J’ai le cœur brisé par tout ce qui passe. C’est injuste pour toutes ces familles en deuil, c’est injuste pour ce peuple musulman pointé du doigt, c’est injuste pour ce pays entier qui tremble pour les jours à venir. Et je ne supporte plus d’entendre la moindre dispute. Je n’y arrive plus. Le moindre cri me donne envie de supplier d’arrêter et j’en ai assez de voir les gens se faire la guerre pour rien. J’ai envie de dire : « Bordel, si ça te plaît pas, trace ton chemin mais ne fais pas des choses comme ça. ».

Moi qui ai toujours eu horreur de la violence, j’en ai vu trop, en trop peu de temps et je ne supporte vraiment plus. Sur la route, dans les rampes, on a droit à une superbe vue : l’Ile, délimitée par la mer. Et la nuit, avec toutes les lumières, c’est encore plus beau. Je me suis demandé combien de temps ça resterait comme ça… Et soudain, l’idée que je ne vivrai peut-être pas dans ce monde-là encore très longtemps m’a frappée. Et m’a terrorisée !

« Lorsque le pouvoir de l’amour surmontera l’amour du pouvoir, le monde connaîtra la paix. »

2 Réponses à “Désolation”

  1. 010446g dit :

    Cela arrive souvent, dans la vie qu’on se trouve en désaccord profond avec des gens qu’on aime. C’est difficile à gérer. Toi qui croyais partager les mêmes idées, les mêmes valeurs que ton amie, tu découvres qu’il en va différemment. Tu souffres, mais sois certaine qu’elle souffre aussi.
    Je vous souhaite de réussir à retrouver après cet orage, qui vous oblige l’une et l’autre à approfondir vos arguments, votre belle entente.

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Chantons pour Mélusine

    • Bibiche dit :

      C’est ce que je constate.
      On a surmonté l’orage. On n’en parle plus, de ces événements et tout va mieux. On a des milliers d’autres sujets en stock, tout va bien. Merci pour ce beau message, en tout cas

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